Saint-Denis : le préfet met en demeure le maire LFI de réinstaller le portrait de Macron
Le préfet de Seine-Saint-Denis a adressé une lettre formelle à Bally Bagayoko le 6 mai 2026, après que le maire LFI a décroché et retourné le portrait du président dans son bureau.
Le préfet de Seine-Saint-Denis a écrit au maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, pour exiger la réinstallation du portrait d'Emmanuel Macron dans son bureau à l'hôtel de ville. Le maire LFI, élu le 28 mars 2026, avait assumé publiquement ce geste, le présentant comme une réponse aux inégalités persistantes dans sa commune.
Le préfet de Seine-Saint-Denis a adressé une lettre formelle à Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, le 6 mai 2026. Objet : le respect des symboles républicains. Le courrier, dont le communiqué de presse a été publié sur le site de la préfecture, demande au maire de réinstaller le portrait du président de la République dans son bureau à l’hôtel de ville.
L’essentiel
- 6 mai 2026 : le préfet de Seine-Saint-Denis envoie une lettre formelle au maire Bally Bagayoko pour exiger la réinstallation du portrait d’Emmanuel Macron.
- 28 mars 2026 : Bally Bagayoko est élu maire de Saint-Denis au premier tour sous étiquette LFI, première victoire du mouvement dans cette commune.
- 116 179 habitants : population de Saint-Denis au 1er janvier 2026, selon l’INSEE.
- 28,4 % : taux de pauvreté en Seine-Saint-Denis en 2023, le plus élevé de France métropolitaine, concernant 444 000 personnes.
- Deux enquêtes judiciaires ont été ouvertes après une plainte pour injures publiques à caractère raciste déposée le 2 avril 2026 par Bally Bagayoko.
Ce que le préfet demande
Le communiqué de presse de la préfecture, relayé sur X par le compte officiel @Prefet93, est sans ambiguïté : la lettre invoque le respect des symboles républicains. Elle vise directement la décision du maire de décrocher et de retourner le portrait présidentiel dans un coin de son bureau.
La préfecture n’a pas détaillé publiquement les mesures envisagées si le maire ne donnait pas suite. Le contenu précis de la lettre n’a pas été rendu intégralement public à ce stade.
La position du maire
Bally Bagayoko a assumé son geste sans détour. Selon RMC/BFMTV, il a déclaré : « Le portrait d’Emmanuel Macron est décroché et retourné dans un coin. Ce n’est pas un manquement républicain. Le manquement républicain est du côté de l’État, qui ne corrige pas les inégalités. »
Élu le 28 mars 2026 au premier tour des municipales, Bagayoko est le premier maire LFI de Saint-Denis, commune historiquement ancrée à gauche. Son élection avait été suivie d’attaques racistes, conduisant à l’ouverture de deux enquêtes judiciaires après une plainte pour injures publiques à caractère raciste déposée le 2 avril 2026, selon Le Monde.
Le 15 avril 2026, lors d’une rencontre avec Emmanuel Macron à Saint-Denis, le maire lui avait remis un courrier alertant sur les inégalités locales ainsi qu’un tee-shirt « Stop au racisme », selon le site de la mairie et 20 Minutes. Il avait alors regretté ce qu’il qualifiait de soutien tardif du chef de l’État face aux attaques subies.
Une tradition, pas une obligation légale
L’affichage du portrait du président de la République dans les mairies n’est pas imposé par la loi. Selon RMC/BFMTV, cette pratique remonte à la IIIe République, instaurée sous Adolphe Thiers entre 1871 et 1873. Une proposition de loi déposée en 2023 pour rendre cet affichage obligatoire n’a jamais été examinée par le Sénat.
Des précédents existent. En 2021 déjà, plusieurs maires avaient décroché le portrait de Macron, soulevant un débat similaire. À chaque fois, l’absence d’obligation légale avait été confirmée, sans que des sanctions formelles ne soient prononcées.
La démarche du préfet repose donc sur la tradition républicaine et non sur un fondement légal contraignant. Ce point est au cœur du débat que l’affaire a relancé au niveau national, avec une couverture par plusieurs médias (RMC, Le Monde, 20 Minutes, TF1).
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
Saint-Denis compte 116 179 habitants au 1er janvier 2026, selon l’INSEE. La commune est la plus peuplée du département et l’une des plus pauvres de France métropolitaine. En Seine-Saint-Denis, le taux de pauvreté s’établit à 28,4 % en 2023, le plus élevé du territoire métropolitain, avec 444 000 personnes concernées, contre 14,5 % au niveau national, selon l’INSEE et l’Observatoire des inégalités.
C’est précisément ce fossé que Bagayoko invoque pour justifier son geste. Le département concentre plusieurs des communes les plus défavorisées de France, et les tensions entre les élus locaux et l’État central sur les questions de dotations, de logement et de sécurité sont récurrentes. La question de la représentation politique de ce territoire s’était déjà posée lors des législatives de 2022 et 2024, où LFI avait consolidé son implantation en Seine-Saint-Denis. Des tensions analogues entre élus locaux et représentants de l’État se retrouvent ailleurs : à La Réunion, des maires se sont également rebellés contre des décisions de l’État réduisant les contrats aidés.
Dans ce contexte, la lettre du préfet s’inscrit dans un rapport de force symbolique entre l’État et une municipalité qui conteste ouvertement sa politique territoriale. En Seine-Saint-Denis, les tensions sociales et sécuritaires sont régulièrement documentées, alimentant le sentiment d’abandon dénoncé par le maire.
Un débat politique qui dépasse Saint-Denis
L’affaire a rapidement dépassé les frontières du 93. Plusieurs figures politiques nationales ont réagi, notamment à droite, pour dénoncer ce qu’elles qualifient de manquement aux valeurs de la République. Du côté de LFI, le geste de Bagayoko a été défendu comme un acte de résistance politique légitime face aux inégalités territoriales.
La préfecture, elle, a choisi la voie formelle plutôt que la réaction publique immédiate. L’envoi d’un courrier officiel, avec communiqué de presse, constitue un acte administratif visible, qui documente la demande de l’État sans pour autant ouvrir une procédure disciplinaire - laquelle n’aurait de toute façon pas de base légale solide sur ce point précis.
La mairie de Saint-Denis n’avait pas communiqué de réponse formelle au courrier préfectoral au moment de la publication de cet article. Le prochain conseil municipal de Saint-Denis est prévu le 20 mai 2026 ; une prise de position publique du maire est attendue à cette occasion.
Sources
- Préfecture de Seine-Saint-Denis : Respect des symboles républicains – Lettre à Monsieur le Maire de Saint-Denis
- RMC / BFMTV : Le portrait de Macron décroché à Saint-Denis : afficher le portrait du président est-il une obligation ?
- Le Monde : Bally Bagayoko, le pari de Saint-Denis
- 20 Minutes : Le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko remercie Emmanuel Macron, mais regrette un soutien tardif