Canicule à Saint-Étienne : huit bouteilles d’eau par jour pour survivre, les sans-abri en première ligne
Depuis le 25 juin, la Loire est en vigilance rouge. Dans les rues de Saint-Étienne, les personnes sans domicile fixe endurent des conditions extrêmes. Témoignages et réactions des pouvoirs publics.
La Loire est en vigilance rouge canicule depuis jeudi 25 juin. À Saint-Étienne, les sans-abri racontent leur quotidien jusqu'à huit litres d'eau par jour, aucune ombre pour se protéger. La Ville et la préfecture ont activé des mesures d'urgence, mais les électeurs pointent un recensement insuffisant.
L’essentiel
- Vigilance rouge : Le département de la Loire est placé en alerte canicule rouge depuis le jeudi 25 juin 2026 à midi.
- Huit bouteilles par jour : Des sans-abri de Saint-Étienne consomment jusqu’à huit bouteilles d’eau quotidiennement pour résister aux températures extrêmes, selon ICI Saint-Étienne Loire.
- Arrêté préfectoral : La préfecture de la Loire a interdit la consommation d’alcool sur la voie publique le 25 juin pour limiter la saturation des secours.
- Mesures municipales : La Ville de Saint-Étienne a ouvert des espaces climatisés dans ses EHPAD et renforcé la distribution d’eau, mais peine à recenser les personnes vulnérables.
«Je suis à huit bouteilles d’eau par jour»
Depuis jeudi 25 juin, le thermomètre grimpe bien au-dessus des 35°C dans la Loire. Le département est placé en vigilance rouge canicule, une alerte qui n’était pas arrivée depuis l’été 2023. Dans les rues de Saint-Étienne, les personnes sans domicile fixe sont les premières exposées.
Interrogé par ICI Saint-Étienne Loire, un homme vivant sous un porche du centre-ville raconte : «Je suis à huit bouteilles d’eau par jour. Je me lève la nuit pour aller chercher de l’eau à la fontaine, parce que la journée c’est invivable.» Comme lui, plusieurs sans-abri témoignent de l’impossibilité de trouver un endroit frais en journée. «L’hiver on peut se serrer, s’habiller. Mais là, il n’y a pas d’ombre, pas de refuge. On crève littéralement de chaud», explique une femme d’une cinquantaine d’années.
Le média local a diffusé ces témoignages dès le 25 juin, suscitant une vague d’émotion et de questions sur l’efficacité des dispositifs d’urgence. Un constat partagé par plusieurs associations de solidarité présentes sur le terrain.
La Ville active ses espaces climatisés mais le recensement coince
Face à la situation, la municipalité de Saint-Étienne a mis en place une série de mesures dès le 24 juin. Les piscines municipales sont gratuites jusqu’à nouvel ordre, et plusieurs parcs restent ouverts la nuit pour permettre aux habitants de trouver un peu de fraîcheur. Les EHPAD de la ville ouvrent également leurs espaces climatisés au public en journée.
Cependant, la nouvelle équipe municipale a exprimé son désarroi face au faible nombre d’inscrits sur les listes des personnes vulnérables. «Nous avons hérité d’un fichier très incomplet. Les gens ne s’inscrivent pas, ou ne savent pas qu’ils peuvent le faire. Résultat : on a du mal à les contacter», confie un élu sous couvert d’anonymat.
Selon Le Progrès, Saint-Étienne peine à mobiliser et à recenser les sans-abri et les personnes âgées isolées. Les outils existants, jugés insuffisants, ne permettent pas une prise en charge ciblée. Une situation que dénoncent plusieurs associations, comme le Secours Populaire, qui appelle à «un plan d’urgence humaine».
À titre de comparaison, d’autres villes françaises connaissent des difficultés similaires en période de canicule. À Clermont-Ferrand, des interventions policières contre des piscines de quartier ont suscité l’indignation en pleine vague de chaleur.
La préfecture interdit l’alcool sur la voie publique
De son côté, la préfecture de la Loire a pris un arrêté interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique le 25 juin. Objectif affiché : limiter les risques de déshydratation et ne pas saturer les services de secours, déjà fortement sollicités. «L’alcool aggrave les effets de la chaleur. Il fallait agir pour protéger les personnes les plus fragiles», justifie la préfecture dans un communiqué.
Le plan canicule départemental a été activé le 23 juin, mais les élus et associations estiment que la réponse est trop tardive et trop administrative. «On continue d’abandonner les plus vulnérables», a dénoncé France 24 dans un reportage national diffusé le 26 juin, pointant les lacunes structurelles de la prise en charge.
Dans l’Yonne, un incendie a d’ailleurs ravagé 150 hectares de céréales et sous-bois à Bazarnes, illustrant la sécheresse qui touche une large partie du pays. Consulter notre article : Yonne : 150 hectares de céréales et sous-bois ravagés par un incendie à Bazarnes.
Contexte dans la Loire
La Loire est l’un des départements les plus peuplés d’Auvergne-Rhône-Alpes avec plus de 760 000 habitants. Saint-Étienne, son chef-lieu, compte environ 172 000 habitants. Le territoire est marqué par une forte précarité : le taux de pauvreté y dépasse les 18 %, soit trois points de plus que la moyenne nationale. Les sans-abri y sont particulièrement nombreux en centre-ville, notamment autour de la place Jean-Jaurès et de la gare de Châteaucreux.
La situation hydrologique est également dégradée : selon Le Progrès, des restrictions d’eau ont été mises en place suite à l’assèchement des cours d’eau. La canicule actuelle ne fait qu’aggraver cette tension sur la ressource.
Plusieurs communes de la Loire s’organisent collectivement depuis le 26 juin, comme le rapporte ESSOR Loire. Des maraudes renforcées, des distributions d’eau et des hébergements d’urgence sont mis en place, mais les moyens restent limités.
Dans le Bas-Rhin, la sécheresse a également conduit à une alerte renforcée sur le bassin Bruche-Mossig. Voir notre article : Sécheresse : le bassin Bruche-Mossig en alerte renforcée dans le Bas-Rhin.
Des failles structurelles dénoncées
Au-delà des mesures d’urgence, plusieurs voix s’élèvent pour demander une refonte du système de veille sociale. «On a des outils, mais ils ne sont pas adaptés aux réalités de la rue», explique un responsable d’association. «Les sans-abri ne s’inscrivent pas sur des listes. Il faut aller vers eux, sans attendre.»
Les témoignages recueillis dans la rue confirment ce décalage. Beaucoup disent ne pas connaître les dispositifs existants, ou ne pas oser s’y rendre. «J’ai vu les piscines gratuites, mais je n’ai pas de maillot, je ne peux pas rentrer», glisse un jeune homme.
La Ville de Saint-Étienne promet de renforcer les maraudes et de distribuer des bons de douche. Mais l’urgence est là, immédiate, avec des températures qui devraient encore grimper en fin de semaine. Les prévisions météorologiques annoncent un pic caniculaire jusqu’à lundi 29 juin.
Prochaine étape : une cellule de crise doit se réunir ce week-end pour faire le point sur les mesures à prendre face à la prolongation de l’alerte rouge.