Saône-et-Loire : le projet de navette rail-route Flexy entre Autun et Étang-sur-Arroux définitivement abandonné
Le retrait du constructeur Milla en mars 2026 a signé la fin d'un projet pilote national doté de 35,6 millions d'euros
Le consortium SNCF, Michelin, Railenium et Milla a annoncé le 1er juin 2026 l'abandon définitif de la navette Flexy. Ce véhicule électrique semi-autonome devait relancer la ligne fermée entre Autun et Étang-sur-Arroux. Aucun repreneur industriel n'a été trouvé.
L’essentiel
- Abandon officiel : annoncé le 1er juin 2026 par la SNCF et le consortium Flexy
- Cause directe : retrait du constructeur Milla en mars 2026 pour raisons techniques et de coûts d’homologation
- Budget englouti : 35,6 M€ au total, dont 9,9 M€ de subventions Ademe
- Ligne concernée : Autun - Étang-sur-Arroux (13 à 17 km), fermée aux voyageurs depuis mars 2020
- Alternative principale : transformation en voie verte, proposée par le maire d’Étang-sur-Arroux
Un pilote national qui ne verra pas le rail
La navette Flexy devait être une première en France. Véhicule électrique semi-autonome d’une capacité de 12 à 14 places, capable de circuler à la fois sur rail et sur route, elle avait été conçue par le consortium réunissant la SNCF, Michelin, le centre de recherche ferroviaire Railenium et le constructeur Milla. La ligne Autun - Étang-sur-Arroux, en Saône-et-Loire, avait été retenue comme site pilote national pour des essais grandeur nature, initialement prévus fin 2026 puis repoussés à 2027-2028.
Le 1er juin 2026, le consortium a officialisé l’abandon du projet. La raison : Milla, concepteur du véhicule, s’est retiré en mars 2026. Le groupe a invoqué des coûts d’ingénierie et des exigences de compétences supérieurs aux anticipations initiales, notamment pour satisfaire aux normes d’homologation ferroviaire (SRMTG/EPSF), dont les contraintes sur le cône de visibilité du véhicule. Aucun autre constructeur n’a accepté de reprendre le dossier, selon Les Échos.
35,6 millions d’euros et six ans de travaux perdus
Le projet avait été officiellement lancé en 2023. Un financement de 15 M€ avait été accordé en 2024, pour un budget total estimé à 35,6 M€. L’Ademe avait apporté environ 9,9 M€ de subventions publiques. Le sort de ces fonds, notamment la part déjà dépensée en études et ingénierie, n’a pas été précisé à ce stade par le consortium.
La ligne elle-même était fermée aux voyageurs depuis mars 2020, après une suspension liée à la VFCEA (Voie ferrée du Centre Europe Atlantique) et renforcée par la crise sanitaire. Flexy représentait la seule perspective de réouverture concrète à court terme pour ce tronçon.
Les alternatives sur la table : voie verte ou bus
Face à l’abandon, les élus locaux explorent deux pistes. Le maire d’Étang-sur-Arroux a proposé la transformation de la section ferrée en voie verte, une reconversion qui concernerait l’emprise physique de la ligne, selon Le JSL. Cette option est régulièrement envisagée pour les petites lignes déficitaires sans perspective de trafic voyageurs.
L’autre alternative est le maintien du service de substitution par autocar, assuré par Mobigo, le réseau de transport régional de Bourgogne-Franche-Comté. Ce service fonctionne depuis la fermeture de 2020, mais ne répond pas aux attentes de desserte fine du territoire entre les deux communes.
Aucune décision formelle n’a été annoncée par la Région Bourgogne-Franche-Comté sur l’avenir de l’infrastructure.
Contexte dans la Saône-et-Loire et en Côte-d’Or
La ligne Autun - Étang-sur-Arroux s’inscrit dans une problématique plus large de désenclavement ferroviaire du Morvan et du sud de la Saône-et-Loire. Autun, ville d’environ 13 000 habitants, est l’une des communes les moins bien connectées du réseau régional depuis la fermeture progressive de plusieurs lignes secondaires. La Côte-d’Or voisine est elle aussi concernée par les enjeux de mobilité rurale qui traversent l’ensemble de la Bourgogne.
Le projet Flexy avait une portée qui dépassait le seul territoire : il devait démontrer la viabilité technique d’un nouveau type de véhicule ferroviaire léger pour les lignes à faible trafic, avec une potentielle application nationale. Son abandon prive le réseau ferré français d’un banc d’essai qui ne se retrouvera pas ailleurs à court terme. Le sujet rejoint d’autres dossiers d’aménagement rural couverts dans la région, comme la filière forêt-bois en Côte-d’Or, symptomatiques d’un territoire qui cherche des modèles économiques durables.
Un concept qui reste sans successeur immédiat
Le principe du véhicule rail-route n’est pas nouveau, mais Flexy devait en proposer une version électrique et semi-autonome inédite en France. L’échec de l’homologation technique, avant même les essais sur voie, illustre la difficulté de faire émerger des innovations matérielles dans un secteur ferroviaire aux normes de sécurité strictes.
Pour les usagers de la ligne Autun - Étang-sur-Arroux, la réouverture ferroviaire n’est plus à l’ordre du jour. La Région devra se prononcer sur l’avenir de l’infrastructure d’ici la fin 2026, notamment sur la question du maintien ou du déclassement de l’emprise.