Sénat : Larcher bloque la commission d’enquête Epstein malgré les procédures judiciaires relancées

Le président du Sénat a refusé le 28 avril la demande de seize sénateurs, au moment où le parquet de Paris instruit plusieurs plaintes liées au réseau Epstein

Sénat : Larcher bloque la commission d'enquête Epstein malgré les procédures judiciaires relancées
Illustration Julie Renault / info.fr

Gérard Larcher a opposé un refus écrit, daté du 28 avril 2026, à la demande d'une commission d'enquête sénatoriale sur les dysfonctionnements publics liés à l'affaire Epstein. Ce blocage intervient alors que le parquet de Paris a ouvert deux enquêtes cadres en février et reçu plusieurs plaintes visant des ressortissants français.

Gérard Larcher a opposé un refus écrit, daté du 28 avril 2026, à la demande d’une commission d’enquête sénatoriale sur les dysfonctionnements publics liés à l’affaire Epstein. Ce blocage intervient alors que le parquet de Paris a ouvert deux enquêtes cadres en février et reçu plusieurs plaintes visant des ressortissants français.

L’essentiel

  • 28 avril 2026 : Gérard Larcher refuse par courrier la commission d’enquête demandée au Sénat sur l’affaire Epstein, selon le journaliste Xavier Poussard.
  • 16 sénateurs : Henri Leroy (LR) et quinze collègues de droite et du centre avaient formulé cette demande le 4 mars 2026, selon Public Sénat.
  • Deux enquêtes cadres : le parquet de Paris les a ouvertes le 19 février 2026, sur la traite des êtres humains et les infractions financières, avec cinq magistrats référents (Le Monde).
  • Quatre signalements/plaintes visant des Français ont été déposés entre le 10 février et le 21 mars 2026 : contre le diplomate Fabrice Aidan, le recruteur Daniel Siad, le chef d’orchestre Frédéric Chaslin et l’ex-dirigeant d’Elite Gérald Marie.
  • Double blocage parlementaire : Yaël Braun-Pivet avait déjà refusé une commission identique à l’Assemblée nationale en février 2026, selon Le Figaro.

Le courrier de Larcher, révélé le 28 avril

C’est un courrier adressé au sénateur Henri Leroy qui officialise le refus. Le journaliste Xavier Poussard l’a rendu public le 28 avril 2026 sur X.

Le sénateur LR Henri Leroy avait coordonné, le 4 mars 2026, une demande collective signée par seize parlementaires de droite et du centre. Leur argumentaire invoquait la mission constitutionnelle de contrôle parlementaire sur les dysfonctionnements des services publics, selon Public Sénat. Larcher ne s’est pas exprimé publiquement sur les motifs détaillés de son refus à ce stade.

Braun-Pivet avait refusé en premier

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Le blocage ne vient pas que du Sénat. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, avait déjà écarté une commission d’enquête similaire en février 2026, selon Le Figaro. Elle avait alors avancé un risque de concurrence avec les procédures judiciaires en cours.

Cet argument fait débat. Des associations et des comptes de médias en ligne font valoir que le contrôle parlementaire et l’instruction judiciaire ont des périmètres distincts. Sur X, les réactions se multiplient :

Transparency International EU avait, pour sa part, appelé dès le 4 février 2026 à une enquête immédiate sur les liens entre l’affaire Epstein et d’anciens responsables européens, soulignant des risques de corruption institutionnelle. L’organisation citait notamment Peter Mandelson, sans lien direct avec le dossier français, mais dans un contexte plus large de demandes de transparence à l’échelle du continent.

Le parquet de Paris saisit cinq magistrats référents

Sur le plan judiciaire, la situation est différente. Le parquet de Paris a ouvert deux enquêtes cadres le 19 février 2026, l’une sur la traite des êtres humains, l’autre sur les infractions financières liées au réseau Epstein. Cinq magistrats référents ont été désignés pour traiter l’afflux de plaintes et signalements, selon Le Monde.

Plusieurs dossiers individuels ont été déposés en quelques semaines. Le ministère des Affaires étrangères a signalé le 10 février le diplomate Fabrice Aidan, dont le nom apparaît dans les « Epstein Files » publiés aux États-Unis, selon le New York Times. Le 11 février, une plaignante suédoise, Ebba Karlson, a déposé plainte pour viol contre Daniel Siad, recruteur de mannequins lié à Epstein, pour des faits allégués en France en 1990, selon Le Figaro. Le lendemain, le parquet a reçu une plainte pour harcèlement sexuel contre le chef d’orchestre Frédéric Chaslin, pour des faits présumés en 2016, selon Le Point.

Le 21 mars, quinze ex-mannequins ont demandé au parquet une enquête contre Gérald Marie, ancien dirigeant européen d’Elite Model Management, pour violences sexuelles, selon France 24. Le Sénat est également sous pression sur d’autres dossiers sensibles, sa gestion de l’agenda législatif étant scrutée de près par les associations civiques.

Contexte dans le département de Paris (75)

Paris concentre les institutions au cœur du débat : le Sénat, palais du Luxembourg, est le lieu du refus de Larcher ; le parquet de Paris instruit les enquêtes cadres. La capitale est aussi le siège de la plupart des acteurs mis en cause - agences de mannequins, diplomates du Quai d’Orsay, réseaux culturels et financiers cités dans le dossier.

L’affaire Epstein a une histoire française documentée. Jean-Luc Brunel, agent de mannequins français proche d’Epstein, avait été arrêté à Paris en décembre 2020 pour viols et proxénétisme aggravé. Il est mort en prison en février 2022, avant tout jugement. Dès 2019, les secrétaires d’État Marlène Schiappa et Adrien Taquet avaient demandé une enquête sur le volet français, sans suite parlementaire à l’époque, selon Wikipédia. L’association Innocence en Danger avait réitéré ces demandes en 2020 et à nouveau en 2026.

À ce jour, aucune commission d’enquête parlementaire n’a été mise en place en France sur ce dossier, contrairement à plusieurs pays étrangers. Le débat sur la transparence institutionnelle face aux scandales de santé publique ou judiciaires traverse plusieurs dossiers en cours en 2026.

Des appels à la transparence sans réponse institutionnelle

Les associations de protection de l’enfance et les organisations anticorruption réclament un contrôle parlementaire indépendant, distinct de l’instruction pénale. Innocence en Danger a réitéré en 2026 ses demandes d’enquête judiciaire française sur les victimes et complices potentiels de nationalité française, selon Wikipédia.

Transparency International EU a explicitement mis en lien les demandes de transparence françaises avec un contexte européen plus large. L’organisation estime que les blocages institutionnels, lorsqu’ils se cumulent - refus à l’Assemblée en février, refus au Sénat fin avril - , alimentent les doutes sur l’indépendance des contrôles.

Le Sénat n’a pas, à ce stade, communiqué publiquement sur les arguments juridiques précis ayant motivé le courrier de Larcher. Les motifs détaillés du refus n’ont pas été rendus publics par l’institution. Dans le paysage politique en recomposition à l’approche de 2027, le positionnement des partis de droite et du centre sur cette affaire sera scruté, leurs propres sénateurs ayant porté la demande.

La suite : l’instruction judiciaire comme seul levier actif

En l’absence de contrôle parlementaire, le parquet de Paris reste le seul cadre institutionnel actif. Les cinq magistrats référents désignés en février doivent traiter l’ensemble des signalements et plaintes reçus depuis la publication des « Epstein Files » aux États-Unis. Les prochaines décisions d’orientation - classement, ouverture d’informations judiciaires ou renvoi en instruction - sont attendues dans les prochains mois, sans calendrier précisé à ce jour par le parquet.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Julie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Paris (75), avec Paris pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale politique et premiere place economique française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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