Sénégal : Dakar recrute un conseiller pour gérer sa dette
Le gouvernement sénégalais a lancé le 7 juillet un appel d'offres pour trouver un expert capable de restructurer une dette portée à 132 % du PIB.
Le Sénégal a officiellement lancé le 7 juillet 2026 un processus de sélection pour recruter un conseiller financier sur sa dette. Une démarche qui intervient après la découverte de milliards de dollars de dettes cachées et le gel d'un programme du FMI.
L’essentiel
- Fait 1 : le 7 juillet 2026, le Sénégal a lancé un processus de sélection pour recruter un conseiller financier chargé de sa dette publique, selon Reuters
- Fait 2 : plus de 13 milliards de dollars de dettes non déclarées ont été découverts fin 2024 sous la nouvelle administration
- Fait 3 : la dette publique du pays a été réévaluée à environ 132 % du PIB pour fin 2024, selon le FMI
- Fait 4 : le FMI a gelé un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après ces révélations
- Fait 5 : en mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé le Premier ministre Ousmane Sonko, remplacé le 25 mai par Ahmadou Al Aminou Lo
Un appel d’offres lancé le 7 juillet
Le gouvernement sénégalais a annoncé le 7 juillet 2026 le lancement d’un processus de sélection pour recruter un conseiller financier chargé d’accompagner la gestion de sa dette publique, selon Reuters. Une décision qui confirme, s’il en était besoin, l’ampleur de la crise budgétaire dans laquelle le pays est engagé depuis un an et demi. Les investisseurs internationaux, échaudés par les révélations sur l’état réel des comptes publics, surveillent désormais chaque étape de ce dossier avec attention.
Treize milliards de dollars de dettes cachées
Tout part d’une découverte faite fin 2024 : l’administration précédente avait dissimulé plus de 13 milliards de dollars de dettes, selon Reuters. Conséquence directe, la dette publique sénégalaise a été réévaluée à environ 132 % du PIB pour la fin de cette même année, d’après Al Jazeera. Un niveau qui a immédiatement alarmé le Fonds monétaire international, qui a gelé un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars destiné à soutenir le pays.
Privé d’accès aux marchés financiers internationaux dans des conditions normales, le Sénégal a dû se tourner vers des emprunts régionaux et des montages financiers complexes, notamment des swaps, pour éviter un défaut de paiement, rapporte Reuters. C’est dans ce contexte tendu qu’un premier conseiller, le cabinet parisien Global Sovereign Advisory, avait déjà été désigné en novembre 2025 pour épauler Dakar. Le nouveau conseiller recherché pourrait travailler en lien avec cette structure déjà mandatée.
Une crise qui a coûté son poste au Premier ministre
La question de la dette a aussi rebattu les cartes politiques au sommet de l’État. En mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko, connu pour son opposition à toute restructuration jugée trop favorable aux créanciers, selon AP News. Il a été remplacé le 25 mai par Ahmadou Al Aminou Lo, un ancien cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), dont le profil technique tranche avec celui de son prédécesseur.
Sonko n’a toutefois pas disparu du jeu politique : il est devenu peu après président de l’Assemblée nationale, une fonction qui lui conserve une influence réelle sur les grandes orientations économiques du pays, selon les informations disponibles. Cette recomposition illustre à quel point le dossier de la dette dépasse la seule technique budgétaire pour devenir un enjeu de pouvoir.
Contexte : pourquoi cela concerne aussi la France
Pour un lecteur français, ce dossier n’est pas si lointain. Le Sénégal reste un partenaire économique et diplomatique de premier plan pour Paris en Afrique de l’Ouest, avec des entreprises françaises présentes dans les infrastructures, l’énergie et les services financiers. Le choix du cabinet Global Sovereign Advisory, basé à Paris, pour conseiller Dakar sur sa dette illustre ces liens persistants. Une restructuration mal maîtrisée aurait aussi des répercussions sur les créanciers privés et institutionnels exposés au pays, ainsi que sur la crédibilité plus large des économies de la zone franc CFA auprès des marchés.
Le cas sénégalais s’inscrit également dans une série d’épisodes récents où des pays d’Afrique subsaharienne ont dû revoir à la hausse leurs chiffres de dette après la découverte d’engagements non déclarés, un phénomène qui inquiète régulièrement les bailleurs de fonds internationaux et les agences de notation.
Le calendrier précis de sélection du futur conseiller financier n’a pas été détaillé par les autorités sénégalaises à ce stade. La suite du dossier dépendra aussi des discussions à venir avec le FMI pour tenter de débloquer le programme suspendu.
Sources
- Reuters : Le Sénégal lance un appel d'offres pour un conseiller financier sur sa dette
- Al Jazeera : La dette sénégalaise réévaluée à 132% du PIB
- AP News : Le président sénégalais limoge son Premier ministre Ousmane Sonko
- Agence Ecofin : Le Sénégal cherche un conseiller financier pour piloter sa dette