Ubisoft plonge de 34% en Bourse : 1 milliard d’euros de pertes anticipé

Le géant français du jeu vidéo annule 6 projets dont Prince of Persia et prévoit 650 millions d'euros de dépréciations

Ubisoft plonge de 34% en Bourse : 1 milliard d’euros de pertes anticipé
Siège social d'Ubisoft à Paris avec logo visible en plein jour Alexandre Mercier / INFO.FR (img2img)

À 10h10 ce jeudi 22 janvier 2026, l'action Ubisoft s'effondrait de 33% à la Bourse de Paris, marquant la plus forte chute de son histoire. Cette débâcle boursière intervient au lendemain de l'annonce d'une réorganisation massive du groupe et d'un avertissement sur résultats qualifié de "méga profit warning" par Oddo BHF. La valorisation du créateur d'Assassin's Creed chute à 606 millions d'euros, son plus bas niveau depuis 2012.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • L'action Ubisoft s'effondre de 34,37% le 22 janvier 2026, atteignant 4,35 euros, son plus bas niveau depuis 2012 avec une valorisation ramenée à 606 millions d'euros
  • Le groupe anticipe une perte opérationnelle d'environ 1 milliard d'euros pour l'exercice 2025-2026, contre un objectif initial proche de l'équilibre
  • Six jeux sont annulés dont le remake très attendu de Prince of Persia: The Sands of Time, entraînant une dépréciation d'actifs de 650 millions d'euros
  • Les net bookings sont révisés à 1,5 milliard d'euros contre 1,846 milliard visés, avec une consommation de trésorerie de 400 à 500 millions d'euros
  • Une réorganisation en cinq maisons créatives est lancée avec un plan d'économies de 200 millions d'euros sur deux ans et le retour imposé au 100% présentiel

La séance du 22 janvier 2026 restera gravée dans les mémoires comme l’une des plus noires de l’histoire d’Ubisoft. Dès l’ouverture à 5,26 euros, l’action du géant français du jeu vidéo a plongé de plus de 20% avant d’être suspendue. À la reprise des cotations, la dégringolade s’est poursuivie pour atteindre un plancher historique de 4,35 euros, soit une chute vertigineuse de 34,37% selon Idéal Investisseur. Cette débâcle efface le précédent record de baisse établi en octobre 2013, qui affichait « seulement » -31,92%.

Un avertissement financier d’une ampleur inédite

Mercredi soir, après la clôture des marchés, Ubisoft a lâché une bombe en révisant drastiquement ses objectifs pour l’exercice 2025-2026 qui se termine en mars prochain. Selon BFM Bourse, le groupe table désormais sur des « net bookings » de 1,5 milliard d’euros, contre une prévision initiale d’environ 1,846 milliard d’euros. Plus inquiétant encore, la société anticipe une perte opérationnelle d’environ 1 milliard d’euros alors qu’elle visait un résultat « proche de l’équilibre » quelques mois auparavant.

Cette révision s’accompagne d’une prévision de consommation de trésorerie comprise entre 400 et 500 millions d’euros sur l’exercice, là où le groupe évoquait simplement une variation « négative » sans préciser l’ampleur. Pour Corentin Marty, analyste chez TP Icap Midcap cité par Le Figaro, « la perspective d’un retour à une trésorerie positive semble lointaine, et la structure financière risque d’être à nouveau affaiblie à court terme ».

Six projets abandonnés, dont le très attendu Prince of Persia

Publicité

Au cœur de ce séisme financier se trouve une décision radicale : l’annulation pure et simple de six jeux en cours de développement. Le coup le plus dur pour les fans concerne le remake de « Prince of Persia: The Sands of Time », ce classique sorti en 2003 qui devait faire son grand retour. Malgré plusieurs années de développement et l’attente considérable des joueurs, le projet ne verra jamais le jour. Comme le précise Europe 1, cinq autres titres sont également abandonnés : « quatre titres non annoncés » et « un jeu mobile ».

Le groupe justifie ces annulations par « un environnement de marché durablement plus sélectif », selon les termes employés dans son communiqué. En parallèle, sept autres projets bénéficieront d’un délai supplémentaire. « En parallèle, le groupe accordera un temps de développement supplémentaire à sept jeux afin de garantir l’atteinte de standards de qualité renforcés et de maximiser la création de valeur à long terme », indique le communiqué rapporté par BFM Bourse.

« Cela inclut le titre non annoncé initialement prévu pour l’exercice clos en mars 2026, qui a été reporté à celui clos en mars 2027 »

Ces annulations et reports contraignent Ubisoft à passer une dépréciation d’actifs colossale de 650 millions d’euros au niveau du résultat opérationnel, reflétant la perte de valeur des investissements déjà réalisés sur ces projets avortés.

Une réorganisation en cinq « maisons créatives »

Pour tenter de redresser la barre, Yves Guillemot, PDG d’Ubisoft, a annoncé une « refonte majeure » de l’organisation du groupe. À partir d’avril 2026, l’entreprise adoptera une structure décentralisée articulée autour de cinq « maisons créatives », chacune spécialisée dans des genres de jeux spécifiques. Selon Le Figaro, chaque pôle aura une responsabilité créative complète, de la conception à la mise sur le marché, ainsi qu’une responsabilité financière.

« Nous transformons le modèle opérationnel d’Ubisoft afin de produire des jeux d’une qualité exceptionnelle », a déclaré Yves Guillemot dans le communiqué.

Cette réorganisation s’accompagne d’un plan d’économies drastique de 200 millions d’euros sur deux ans. Le groupe a déjà annoncé la fermeture de ses studios de Stockholm et Halifax, ainsi que des restructurations dans ses succursales d’Abu Dhabi, Redlynx en Finlande et Massive en Suède. Plus controversé encore, Ubisoft impose le retour au 100% présentiel, une mesure qui devrait pousser certains salariés vers la sortie.

Un historique catastrophique de prévisions manquées

Ce nouvel avertissement sur résultats n’est malheureusement pas une première pour Ubisoft. Comme le soulignait Barclays en décembre dernier et le rappelle BFM Bourse, « au cours des six dernières années, Ubisoft a manqué ses prévisions initiales en matière de ‘net bookings’ et de résultat opérationnel hors IFRS cinq fois sur six ». Ce bilan désastreux explique la défiance profonde des investisseurs et la violence de la sanction boursière.

Sur un an, l’action a fondu de près de 60%, passant d’une valorisation de plus de 1,5 milliard d’euros il y a douze mois à seulement 606 millions aujourd’hui. Les analystes ont immédiatement revu leurs copies : Kepler Cheuvreux a abaissé son objectif de cours de 7 à 5 euros avec une recommandation « réduire », tandis que BMO Capital Markets l’a ramené de 14 à 10 euros selon Idéal Investisseur.

Un climat social explosif en perspective

Du côté des 17.000 salariés du groupe dans le monde, l’inquiétude est palpable. « Je suis très inquiet sur l’état de santé du groupe », a confié à l’AFP un salarié du studio parisien sous couvert d’anonymat, cité par Sud Ouest. « Je peux comprendre l’idée d’aller sur un modèle plus soutenable financièrement, mais ça se fait au prix de beaucoup de licenciements et de fermetures de studios ».

Le groupe s’est déjà séparé de plus de 3.000 employés ces dernières années. Le syndicat Solidaires Informatique a appelé les salariés français au débrayage dès ce jeudi matin 22 janvier, notamment pour protester contre le retour imposé au présentiel intégral. « Revenir à cinq jours par semaine, avec la vie de famille et l’organisation parentale, c’est impossible aujourd’hui d’imaginer ça », témoigne le salarié parisien. Des grèves avaient déjà paralysé les studios français en 2024 pour défendre le télétravail.

La question qui se pose désormais pour Ubisoft est existentielle : le groupe parviendra-t-il à redresser la barre avec cette énième restructuration, ou assistons-nous aux prémices d’un démantèlement progressif de l’un des fleurons français du jeu vidéo ? Avec une trésorerie sous pression et une crédibilité en lambeaux auprès des investisseurs, la marge de manœuvre d’Yves Guillemot se réduit comme peau de chagrin.

Sources

  • BFM Bourse (22 janvier 2026)
  • La Tribune (22 janvier 2026)
  • Idéal Investisseur (22 janvier 2026)
  • Le Figaro (22 janvier 2026)
  • Sud Ouest (22 janvier 2026)
  • Europe 1 (22 janvier 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie