Un an après l’assassinat d’Aboubakar Cissé : la peur reste dans la communauté musulmane du Gard
Le 25 avril 2025, un jeune Malien de 22 ans était poignardé de 57 coups de couteau dans une mosquée du Gard. Un an après, les proches et fidèles témoignent d'une peur qui ne passe pas.
Aboubakar Cissé a été assassiné le 25 avril 2025 dans la mosquée Khadidja de La Grand-Combe, dans le Gard. Un an plus tard, des rassemblements ont eu lieu à Paris et à Lyon. Dans la commune gardoise, les fidèles parlent d'une angoisse persistante.
Il était bénévole à la mosquée Khadidja de La Grand-Combe. Le vendredi 25 avril 2025, Aboubakar Cissé, 22 ans, ressortissant malien, a été poignardé à 57 reprises pendant la prière. L’assaillant a filmé l’attaque en proférant des insultes antimusulmanes, selon Libération. Un crime d’une violence rare, commis au cœur d’un lieu de culte.
Le suspect hospitalisé en psychiatrie
Le suspect, Olivier Hadzovic, 21 ans, français d’origine bosniaque, a fui en Italie après les faits. Il s’est rendu aux autorités italiennes le 28 avril 2025 à Pistoia, selon Le Figaro. Mis en examen le 9 mai 2025 pour assassinat à raison de la religion et écroué, il a ensuite été transféré le 20 juin 2025 vers un centre psychiatrique dans les Pyrénées-Orientales, après que des expertises aient conclu à une abolition du discernement liée à des troubles psychotiques, rapporte Midi Libre. Il nie tout mobile haineux.
L’information judiciaire, ouverte pour meurtre avec préméditation et à raison de la race ou de la religion, confirme le caractère islamophobe retenu par la justice, selon Le Figaro. Ce qualificatif avait mis du temps à s’imposer dans le débat public : le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui a reçu la famille le 2 mai 2025, avait initialement refusé de l’employer, suscitant des critiques.
Un an après, des hommages et une communauté marquée
Le 25 avril 2026, deux cérémonies ont marqué l’anniversaire. À Paris, un rassemblement a eu lieu place de la République, avec la famille d’Aboubakar Cissé et des associations, dénonçant la banalisation de l’islamophobie, selon Libération. À Lyon, la Grande Mosquée a planté un arbre en mémoire du jeune homme, en présence d’élus et de représentants de l’État, rapporte Lyon Mag.
Son frère, Yoro Cissé, a déclaré : « C’était une douloureuse journée », réclamant justice, selon un post Facebook de Jeune Afrique. À La Grand-Combe même, des fidèles témoignent d’une peur qui dure. Libération cite une habitante : « Il était musulman, je suis musulmane, j’ai peur. »
Un contexte national alarmant
Le meurtre d’Aboubakar Cissé s’inscrit dans une hausse documentée des actes antimusulmans. En 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé 326 actes antimusulmans, soit une augmentation de 88 % par rapport à 2024. Deux assassinats sont recensés dans ce bilan : celui d’Aboubakar Cissé dans le Gard, et celui d’Hichem Miraoui dans le Var. Le Collectif Contre l’Islamophobie en Europe (CCIE) fait état de 876 signalements d’islamophobie en Europe en 2025, dont 85 % en France, selon l’agence Anadolu.
Le cas d’Aboubakar Cissé n’est pas sans rappeler d’autres affaires récentes de violences dans des espaces du quotidien, comme le meurtre d’un boucher dans sa boucherie halal à Valence, survenu cette année dans la Drôme, ou encore la fusillade mortelle de Castres ayant conduit à plusieurs mises en examen. Ces affaires alimentent un débat national sur la réponse judiciaire et politique aux crimes à caractère haineux.
La procédure judiciaire suit son cours. L’hospitalisation d’office d’Hadzovic et la question de son discernement au moment des faits pourraient peser lourd sur la suite des poursuites. La famille attend un procès. La communauté de La Grand-Combe attend autre chose : que ce meurtre ne soit pas oublié.
Sources
- Le Figaro : Meurtre dans une mosquée du Gard : une information judiciaire ouverte pour meurtre avec préméditation et à raison de la religion
- Libération : A La Grand-Combe, un an après l'assassinat d'Aboubakar Cissé : «Il était musulman, je suis musulmane, j'ai peur»
- Midi Libre : Meurtre à la mosquée de La Grand-Combe : le suspect Olivier H. atteint d'une abolition du discernement
- Ministère de l'Intérieur : Actes antireligieux - Tendances 2025