Vesoul : Ruffin dénonce la précarité des femmes de ménage à la Sécu et Carrefour
Le député a rencontré cinq agentes de nettoyage vésouliennes aux contrats fractionnés, le 5 mai 2026.
À Vesoul, le 5 mai 2026, François Ruffin a rencontré cinq femmes de ménage employées dans des institutions publiques et privées de la ville. Toutes travaillent sous des contrats à temps partiel morcelés. L'une d'elles résume « Maintenant, on vient avec la boule au ventre. »
À Vesoul, le 5 mai 2026, François Ruffin a rencontré cinq femmes de ménage employées dans des institutions publiques et privées de la ville. Toutes travaillent sous des contrats à temps partiel morcelés. L’une d’elles résume : « Maintenant, on vient avec la boule au ventre. »
L’essentiel
- Date : Rencontre le 5 mai 2026 à Vesoul, relayée par François Ruffin sur X et son blog personnel.
- Concernées : Cinq femmes - Karima, Sonia, Nadia, Margnia et Khadija - nettoient la Sécurité sociale, Carrefour, le Conseil départemental et la Maison des Syndicats.
- Contrats : Temps partiel fractionné : un créneau le matin, un le soir, pour un salaire partiel.
- Contexte local : 17,6 % des emplois salariés en Haute-Saône sont à temps partiel en 2022, selon l’INSEE.
- Publication : Ruffin a mis en ligne une note intitulée « À Vesoul, les femmes de ménage jetables » sur son site francoisruffin.fr.
Cinq femmes, quatre employeurs, un même quotidien fractionné
Karima, Sonia, Nadia, Margnia et Khadija. Cinq prénoms, quatre lieux de travail différents : la caisse primaire d’assurance maladie, Carrefour, le Conseil départemental de la Haute-Saône et la Maison des Syndicats. Selon le tweet et le blog de François Ruffin, toutes partagent le même type de contrat : quelques heures le matin, quelques heures le soir, sans plage horaire continue.
Ce fractionnement empêche d’accumuler suffisamment d’heures pour atteindre un temps plein. Il génère aussi des frais de transport doublés et des journées longues pour un salaire limité. « Les femmes de ménage, c’est un petit bout de boulot le matin, un petit bout de boulot le soir. Et la vie qui est rendue impossible », a écrit le député sur X.
« On vient avec la boule au ventre »
La formule, rapportée par Ruffin lors de la rencontre du 5 mai, dit l’anxiété du quotidien. Sans que la source précise laquelle des cinq femmes l’a prononcée, elle illustre un état d’esprit commun : l’incertitude sur la durée des contrats, la dépendance aux décisions des donneurs d’ordre, la difficulté à planifier.
Dans sa note de blog publiée dans la foulée, intitulée « À Vesoul, les femmes de ménage jetables », Ruffin dénonce la responsabilité des institutions qui externalisent le nettoyage à des prestataires, se déchargeant ainsi des conditions d’emploi. Le Conseil départemental et la Sécurité sociale sont cités parmi les donneurs d’ordre concernés. Ni l’un ni l’autre n’a répondu publiquement à ce stade.
Un engagement qui remonte à 2018
Ce n’est pas la première fois que le député de la Somme - et figure de La France insoumise - se saisit du sujet. Le 8 mars 2018, il avait interpellé l’Assemblée nationale sur la précarité des agentes de nettoyage du Palais Bourbon elles-mêmes, selon son site personnel et BFMTV. En 2020, il avait déposé une proposition de loi visant à encadrer la sous-traitance dans le secteur du nettoyage, examinée en commission sociale (Assemblée nationale).
En 2021, l’initiative « Debout les femmes ! » avait prolongé ce travail, en documentant la précarité des métiers du soin et du lien, dont les femmes de ménage. Selon France Info, Ruffin y parlait d’« auxiliaires de survie sociale » pour désigner ces professions invisibles.
Contexte en Haute-Saône
Les chiffres INSEE cadrent la réalité locale. En 2022, 17,6 % des emplois salariés du département sont à temps partiel - une proportion supérieure à la moyenne nationale pour certaines catégories. Le taux de pauvreté monétaire en Haute-Saône atteignait 13,6 % en 2021, selon l’INSEE, soit un niveau légèrement au-dessus de la médiane des départements français hors métropoles.
Au niveau national, 26,6 % des femmes salariées travaillaient à temps partiel en 2023, contre 7,8 % des hommes, toujours selon l’INSEE. Le secteur du nettoyage est structurellement l’un des plus concernés. Vesoul a inauguré récemment un deuxième appartement de colocation solidaire, signe que la précarité des ménages reste une préoccupation active des acteurs locaux.
La ville de Vesoul compte environ 15 000 habitants. Elle est le chef-lieu de la Haute-Saône, un département à dominante industrielle et rurale où les grands employeurs publics - hôpital, Conseil départemental, caisses sociales - pèsent dans le tissu de l’emploi local. L’externalisation du nettoyage y est une pratique courante, comme dans la plupart des établissements publics français.
Aucune réaction officielle à ce stade
Ni Carrefour, ni le Conseil départemental de la Haute-Saône, ni la caisse primaire d’assurance maladie locale n’ont communiqué de réponse après la publication du député. Les prestataires de nettoyage concernés ne sont pas nommés dans les sources disponibles.
La note de blog de Ruffin ne précise pas non plus si des démarches syndicales ou juridiques sont en cours pour les cinq femmes rencontrées. Alter Presse 68 signale que le député était déjà à Vesoul début mai pour rencontrer des salariés menacés dans d’autres secteurs, sans détailler lesquels.
La visite vésoulienne de Ruffin pourrait nourrir de nouveaux travaux parlementaires sur l’emploi féminin à temps partiel contraint. Le marché de l’emploi en Haute-Saône reste marqué par des tensions dans plusieurs secteurs, et la question des contrats fragmentés dans le nettoyage n’a pas encore fait l’objet d’un traitement spécifique au niveau départemental.
Sources
- X / @Francois_Ruffin : Tweet de François Ruffin sur la rencontre à Vesoul
- francoisruffin.fr : À Vesoul, les femmes de ménage jetables
- INSEE : Statistiques emploi et pauvreté - Haute-Saône
- Alter Presse 68 : Tandis que nous visitions Vesoul et ses salariés menacés, nous y avons rencontré François Ruffin