Bobigny : l’ex-patron antistups avoue cinq ans d’addiction aux drogues de synthèse

Le vice-procureur L.L., ancien chef de la Dacrido, comparaît devant le CSM le 12 mai 2026 pour achat et consommation de méthamphétamine et de GHB depuis fin 2019

Bobigny : l'ex-patron antistups avoue cinq ans d'addiction aux drogues de synthèse
Illustration Fatima Benali / info.fr

Un magistrat du parquet de Bobigny, ancien responsable de la division chargée de la lutte contre les stupéfiants, a reconnu devant le Conseil supérieur de la magistrature une addiction de cinq ans à la méthamphétamine et au GHB. L'audience disciplinaire s'est tenue le 12 mai 2026. La Chancellerie a requis un changement de juridiction.

Un magistrat du parquet de Bobigny, ancien responsable de la division des affaires criminelles et de la délinquance organisée (Dacrido) - la structure en charge de la lutte antistupéfiants - , a avoué devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) une addiction de cinq ans à la méthamphétamine et au GHB. L’audience disciplinaire s’est tenue le 12 mai 2026. Le vice-procureur L.L., qui se définissait lui-même comme consommateur dans un cadre privé de chemsex, est aujourd’hui muté aux affaires civiles du même parquet.

L’essentiel

  • Addiction débutée fin 2019 : quelques semaines après sa nomination à la tête de la Dacrido, selon Le Parisien et Police & Réalités.
  • Audience CSM le 12 mai 2026 : comparution devant la formation parquet du Conseil supérieur de la magistrature pour achat, détention et consommation de stupéfiants entre 2019 et 2024.
  • Environ 500 €/mois : montant dépensé en drogues de synthèse, selon le compte journalistique @duralexsl sur X.
  • Fournisseur condamné en mars 2025 : un trafiquant de Seine-Saint-Denis, identifié par le magistrat lui-même, a été condamné à 18 mois de prison sur sa propre juridiction, selon Threads (@flochlionelle).
  • Volet pénal classé sans suite par le parquet de Paris. La Chancellerie requiert un déplacement d’office ; décision CSM attendue dans les prochaines semaines.

Ce qui s’est passé devant le CSM

Lors de l’audience du 12 mai 2026, L.L. a reconnu les faits reprochés : achat, détention et consommation de méthamphétamine et de GHB entre fin 2019 et 2024. Ces substances étaient consommées dans un cadre privé, lors de pratiques de chemsex, principalement les week-ends, selon Le Parisien et Le Figaro. La Chancellerie, représentant le ministère de la Justice, a requis un changement de juridiction forcé. Le CSM doit rendre sa décision dans les semaines suivantes.

L.L. compte 18 ans de carrière. Devant le CSM, il aurait exprimé le souhait de devenir juge des enfants. Mais selon @duralexsl sur X, il risque désormais une affectation non désirée dans une autre juridiction.

Un profil en contradiction avec ses fonctions

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La Dacrido du parquet de Bobigny est la division qui poursuit les trafiquants de drogue et coordonne les enquêtes sur la délinquance organisée en Seine-Saint-Denis. L.L. en était le patron au moment où son addiction débutait, fin 2019, peu après sa prise de fonctions, selon Le Parisien, corroboré par Police & Réalités.

Le fournisseur du magistrat était un trafiquant domicilié en Seine-Saint-Denis. Ce dealer a été condamné en mars 2025 à 18 mois de prison - sur la propre juridiction de L.L. C’est le magistrat lui-même qui l’a identifié lors de son audition par les policiers, selon le compte Threads de la journaliste @flochlionelle, source unique sur ce point. Le volet pénal de l’affaire a été classé sans suite par le parquet de Paris.

Pour les affaires de stupéfiants en milieu fermé, le contraste avec la position institutionnelle occupée par L.L. est particulièrement marqué. Sa mutation aux affaires civiles avait été actée avant même l’audience du 12 mai.

Contexte dans le département 93

La Seine-Saint-Denis est l’un des départements les plus exposés au trafic de stupéfiants en France. Selon la préfecture de Seine-Saint-Denis, les infractions à la législation sur les stupéfiants ont reculé de 1,1 % en 2025, à 17 136 faits enregistrés contre 17 334 en 2024. Dans le même temps, 5,07 tonnes de drogue ont été saisies, dont 4,8 tonnes de cannabis et 175 kg de cocaïne.

C’est dans ce contexte que le parquet de Bobigny instruit chaque année des centaines de dossiers liés au narcotrafic. Le département concentre des enjeux de sécurité publique qui pèsent directement sur le tribunal de grande instance de Bobigny, l’un des plus chargés d’Île-de-France. L’affaire L.L. intervient dans une institution dont la crédibilité repose précisément sur la poursuite des infractions qu’il commettait lui-même.

Un phénomène qui dépasse Bobigny

L’affaire L.L. n’est pas sans précédent dans les sphères institutionnelles françaises. En 2024, le député LFI Andy Kerbrat avait été interpellé pour achat de 3-MMC, une drogue de synthèse. En 2023, Emmanuel Pellerin avait été mis en cause pour consommation de cocaïne. France Info avait alors consacré une enquête aux usages de stupéfiants à l’Assemblée nationale.

À l’échelle nationale, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) estime que la consommation de substances psychoactives illicites concerne environ 52,1 millions de personnes âgées de 11 à 75 ans en France, une donnée issue de l’enquête Coquelicot 2023 de l’INSERM, reprise dans le rapport annuel OFDT 2024. La montée en puissance du chemsex - pratique combinant consommation de drogues de synthèse et rapports sexuels - est documentée dans plusieurs rapports récents, dont celui remis au gouvernement en mai 2025 sur la soumission chimique.

Ce contexte n’exonère pas L.L. de ses responsabilités institutionnelles. Mais il situe son cas dans une réalité sanitaire plus large, que les services judiciaires eux-mêmes sont amenés à traiter.

Prochaine étape : la décision du CSM

Le traitement disciplinaire des affaires sensibles impliquant des agents publics suit rarement un calendrier public précis. Le CSM n’a pas communiqué de date pour sa décision concernant L.L. La Chancellerie a requis un déplacement d’office. Si cette sanction est prononcée, L.L. sera affecté dans une juridiction différente, sans que le poste souhaité - juge des enfants - soit garanti, selon @duralexsl. Le volet pénal restant classé sans suite, seule la sanction disciplinaire reste pendante.

Sources

Fatima Benali

Fatima Benali

Fatima est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Seine-Saint-Denis (93), avec Bobigny pour chef-lieu. Spécialité du département : Stade de France et basilique cathédrale Saint-Denis. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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