Chloé, 13 ans, torturée par ses proxénètes : le réseau renvoyé aux assises en Seine-Saint-Denis
Une adolescente de 13 ans exploitée et torturée en 2022 six suspects comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs de Bobigny pour proxénétisme aggravé et actes de barbarie.
À Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, une affaire de proxénétisme sur mineure d'une gravité exceptionnelle arrive devant la cour d'assises. En 2022, Chloé, 13 ans, a été forcée à se prostituer puis torturée pendant quatre heures après une tentative de fuite. Le parquet de Bobigny a renvoyé six suspects aux assises des mineurs.
En mars 2022, une adolescente de 13 ans prénommée Chloé est retrouvée grièvement blessée à la gare du Vert Galant, à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Son état entraîne une hospitalisation immédiate. C’est le point de départ d’une enquête de la Brigade de protection des mineurs (BPM) qui va révéler un réseau structuré de proxénétisme impliquant six personnes. Quatre ans plus tard, le parquet de Bobigny a renvoyé l’ensemble des mis en cause devant la cour d’assises des mineurs de Seine-Saint-Denis.
L’essentiel
- Faits : Chloé, 13 ans en 2022, a été forcée à se prostituer dans un « sex tour » en Île-de-France et à Nice par un réseau de six personnes.
- Torture : Après une tentative de fuite, elle a été torturée pendant 4 heures par deux proxénètes et deux hommes surnommés Tobias et Lamine, la séance étant filmée.
- Découverte : Chloé a été retrouvée grièvement blessée le 25 mars 2022 à la gare du Vert Galant à Villepinte.
- Renvoi judiciaire : Le parquet de Bobigny a renvoyé six suspects devant la cour d’assises des mineurs pour proxénétisme aggravé et actes de torture et de barbarie sur mineure.
- Contexte territorial : En 2024, 61 personnes ont été jugées pour proxénétisme sur mineurs au tribunal de Bobigny, soit cinq fois plus qu’en 2019.
Un réseau organisé, une adolescente instrumentalisée
Selon les éléments rapportés par Le Parisien, le réseau qui a exploité Chloé était structuré autour d’un couple de proxénètes, épaulé par un lieutenant, deux hommes présentés comme des « gros bras » - prénommés Tobias et Lamine - et une complice. Ensemble, ils ont organisé ce que l’enquête a qualifié de « sex tour » : la jeune fille était déplacée dans plusieurs villes d’Île-de-France, puis jusqu’à Nice, et contrainte à se prostituer.
L’affaire s’inscrit dans un mode opératoire documenté par les enquêteurs spécialisés : recrutement de mineures vulnérables, mise sous contrôle progressive, déplacements pour brouiller les pistes et maximiser les revenus du réseau. Chloé avait 13 ans au moment des faits.
Une tentative de fuite, quatre heures de torture filmée
En mars 2022, Chloé tente de s’échapper du réseau. La réponse est immédiate et d’une violence extrême. Selon Le Parisien, deux proxénètes de nationalité ivoirienne ainsi que Tobias et Lamine la torturent pendant quatre heures. La séance est filmée. L’un des bourreaux aurait prononcé, pendant les sévices : « Avant le ramadan, c’est plaisir, non ? »
Les violences infligées sont suffisamment graves pour nécessiter une hospitalisation. C’est dans cet état que Chloé est découverte le 25 mars 2022 à la gare du Vert Galant à Villepinte. Sa prise en charge médicale enclenche l’alerte judiciaire.
L’enquête de la Brigade de protection des mineurs
La Brigade de protection des mineurs (BPM) est saisie de l’affaire après l’hospitalisation de Chloé. L’enquête remonte le réseau, identifie les six mis en cause et reconstitue le parcours de la victime. Les investigations aboutissent à un renvoi devant la juridiction la plus sévère pour ce type de faits impliquant des mineurs.
Le parquet de Bobigny a retenu les qualifications de proxénétisme aggravé et d’actes de torture et de barbarie sur mineure. Ces deux chefs d’accusation cumulés justifient le renvoi devant la cour d’assises des mineurs - et non un tribunal correctionnel. Aucune date d’audience n’a été rendue publique à ce stade.
Des affaires similaires, impliquant des adolescentes de 15-16 ans exploitées en Île-de-France, ont déjà été jugées en 2025 à Bobigny avec des condamnations pour traite d’êtres humains. L’affaire Chloé, par la gravité des faits et l’âge de la victime, constitue l’un des dossiers les plus lourds instruits par le parquet local. Sur ce phénomène, d’autres réseaux ont été démantelés ailleurs en France, avec des condamnations prononcées récemment à Strasbourg pour des faits comparables.
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
Le cas de Chloé n’est pas isolé. La Seine-Saint-Denis concentre une part disproportionnée des victimes mineures de proxénétisme à l’échelle nationale. Selon Le Parisien et une étude de l’Observatoire des violences envers les femmes du département, 42 % des victimes mineures de réseaux de proxénètes en France sont originaires ou captées en Seine-Saint-Denis.
La progression des dossiers au parquet de Bobigny est documentée. En 2024, 61 personnes ont été jugées pour proxénétisme sur mineurs au tribunal de Bobigny, soit cinq fois plus qu’en 2019. La même année, police et gendarmerie ont enregistré 435 victimes mineures dans le département, soit une hausse de 14 % par rapport à 2021, selon citoyens.com.
Début 2026, RMC/BFMTV rapportait que le parquet de Bobigny traitait désormais quatre dossiers de ce type par semaine - contre un toutes les deux semaines en 2024. Une multiplication par plus de huit en moins de deux ans. Le procureur Éric Mathais a déclaré que le parquet est « pleinement engagé contre le proxénétisme dont sont victimes les mineurs », avec une réponse pénale systématisée.
Entre 2019 et 2020, l’Observatoire des violences envers les femmes en Seine-Saint-Denis avait déjà identifié 77 mineures victimes ou à risque de prostitution, dont au moins six sur dix victimes de proxénétisme. Ces chiffres, déjà préoccupants à l’époque, ont depuis été largement dépassés. Dans l’Ain, le 119 est lui aussi submergé par les signalements, signe que le phénomène déborde largement le seul département.
Un phénomène qui déborde les capacités judiciaires
Le procureur de Bobigny a lui-même alerté sur le risque que le proxénétisme sur mineurs devienne « un contentieux de masse », selon Le Parisien. Le passage d’un volume gérable à une pression quasi-industrielle sur les juridictions spécialisées pose une question de moyens autant que de méthodes.
Les condamnations ont augmenté, mais la demande judiciaire croît plus vite encore. En renvoyant l’affaire Chloé devant la cour d’assises - niveau maximal de la hiérarchie judiciaire - le parquet de Bobigny signale la gravité exceptionnelle des faits. La torture filmée sur une enfant de 13 ans dépasse le cadre ordinaire du proxénétisme aggravé.
Des acteurs du droit dénoncent depuis plusieurs années les failles du système de protection de l’enfance face à ces réseaux. L’affaire Chloé, instruite sur quatre ans avant son renvoi aux assises, illustre la lenteur du traitement judiciaire sur des faits commis en 2022. Les violences sur mineurs dans des contextes organisés font l’objet d’une attention croissante des parquets dans plusieurs départements.
Prochaine étape
Le renvoi devant la cour d’assises des mineurs de Seine-Saint-Denis est acté. Aucune date d’audience n’a été communiquée par le parquet de Bobigny. Les six suspects seront jugés pour proxénétisme aggravé et actes de torture et de barbarie sur mineure - deux chefs passibles de peines criminelles.
Sources
- Le Parisien : Le calvaire de Chloé, 13 ans, torturée pour avoir tenté de s'extraire des griffes de ses proxénètes en Seine-Saint-Denis
- RMC/BFMTV : "On est arrivé à 4 dossiers par semaine" : les affaires de proxénétisme des mineurs explosent en Seine-Saint-Denis
- Citoyens.com : Seine-Saint-Denis : l'exploitation des mineures prostituées en hausse, les condamnations aussi
- Le Parisien : Seine-Saint-Denis : le proxénétisme risque de devenir un contentieux de masse, alerte le procureur de Bobigny