À Crest, l’eau potable en zones rurales s’impose comme un enjeu de fond

Dans la Drôme, la question de l'accès à l'eau pour les habitants isolés prend une dimension nouvelle face aux tensions hydriques qui s'intensifient.

À Crest, l'eau potable en zones rurales s'impose comme un enjeu de fond
Illustration Nathalie Rousselin / info.fr

La quasi-totalité du territoire drômois est classé en situation de tension hydrique. À Crest et dans ses alentours ruraux, la question de l'eau potable cristallise des inquiétudes environnementales, sanitaires et sociales qui ne peuvent plus attendre.

Le robinet coule encore. Mais pour combien de temps, et pour qui ? Dans les hameaux isolés autour de Crest, cette question n’a rien d’abstrait. Selon la feuille de route de l’État pour 2025, la quasi-totalité de la Drôme est désormais classée en situation de tension hydrique. Un constat qui pèse sur les communes rurales, souvent mal armées pour y faire face.

Un réseau vieillissant, une ressource sous pression

La production d’eau potable dans le bassin de la Drôme repose exclusivement sur des eaux souterraines - forages et captages de sources - selon le SAGE Drôme 2025. Ces ressources sont particulièrement vulnérables aux pollutions aux nitrates et pesticides, ainsi qu’à la surexploitation. Dans l’Est du département, où se situe Crest, la conformité de l’eau distribuée reste plus faible qu’à l’Ouest, en raison de services morcelés, comme le pointe le Schéma Directeur Départemental d’Alimentation en Eau Potable de la Drôme.

À Crest même, la mairie a engagé un plan de remplacement progressif des branchements en plomb : 90 % du réseau en est aujourd’hui exempt, après qu’un cas de contamination en 2015 avait contraint la commune à davantage de transparence sur la qualité de l’eau distribuée. En 2026, des travaux d’amélioration sont toujours en cours pour réduire les fuites dans un réseau vieillissant - la consommation locale était estimée à 120 litres par habitant et par jour en 2020, selon Le Dauphiné Libéré.

Une ressource partagée, des intérêts qui divergent

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La pression ne vient pas que du sous-sol. Au niveau national, l’agriculture consomme 61 % de l’eau non restituée en France, contre 24 % pour l’eau potable, selon les statistiques du ministère de la Transition écologique. Dans la Drôme, les prélèvements agricoles alimentent des tensions avec les besoins des populations rurales, notamment les quelque 100 000 personnes en habitat isolé dont l’accès à l’eau reste précaire.

Le SAGE Drôme 2050 anticipe une baisse de 30 % des débits estivaux d’ici à 2050 sous l’effet du changement climatique. Le Dauphiné Libéré évoquait dès 2025 le spectre d’une « guerre de l’eau » dans les deux prochaines décennies en Drôme et Ardèche, si rien n’est arbitré.

Prochaine étape : la révision du Plan d’Aménagement et de Gestion Durable du bassin versant de la Drôme doit donner lieu à des conférences territoriales en 2026, pour tenter de définir des règles de partage de la ressource entre usages agricoles, industriels et domestiques.

Sources

Léa Faure

Léa Faure

Installée à Valence, elle couvre l'agriculture fruitière, les tensions sur l'eau, le nucléaire de Tricastin et les projets routiers dans la vallée du Rhône. Issue de Sciences Po Grenoble, elle a commencé en presse écrite. Méthode rigoureuse : interroger les arboriculteurs, les associations antinucléaires, les élus, croiser les rapports de sûreté avant de publier.

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