Défaillances d’entreprises dans le 62 : les signaux d’une économie sous pression

Au premier trimestre 2026, les faillites restent élevées dans le Pas-de-Calais, même si le département résiste mieux que son voisin nordiste

Défaillances d'entreprises dans le 62 : les signaux d'une économie sous pression
Illustration Thomas Vandamme / info.fr

Les présidents des tribunaux de commerce du Nord et du Pas-de-Calais tirent la sonnette d'alarme trésoreries exsangues, manque de visibilité, les défaillances d'entreprises révèlent une économie locale fragilisée. En France, les faillites atteignent un niveau record depuis 2009.

Les présidents des tribunaux de commerce du Nord et du Pas-de-Calais sont formels : « Il y a des signes clairs d’une économie en souffrance. » Cette formule, rapportée par La Voix du Nord le 11 mai 2026, résume un tableau régional préoccupant. Trésoreries à sec, carnets de commandes incertains, retards de paiement en cascade - les signaux s’accumulent depuis plusieurs trimestres.

L’essentiel

  • Record national : 18 986 défaillances d’entreprises en France au premier trimestre 2026, en hausse de 6,4%, un niveau inédit depuis 2009, menaçant 75 350 emplois (Yahoo Finance).
  • Hauts-de-France : 1 370 défaillances au premier trimestre 2026, +2% sur un an ; le Nord concentre plus de 50% des cas avec +14%, le Pas-de-Calais enregistre -10% (L’Union, Horizon Actu).
  • Emplois perdus dans le 62 : 964 entrepreneurs ont perdu leur emploi dans le Pas-de-Calais en 2025, soit -4,6%, principalement dans la construction, le commerce et la restauration (Le Journal des Entreprises).
  • Dunkerque : +25% de sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires au premier trimestre 2026, un record local (La Voix du Nord).
  • Microentreprises : les structures de moins de 3 salariés représentent 75% des défaillances nationales au T1 2026, en hausse de 11,2% (20 Minutes).

Un record national depuis 2009

Les chiffres du premier trimestre 2026 sont sans appel. Selon Yahoo Finance et Le Figaro, la France a enregistré 18 986 défaillances d’entreprises entre janvier et mars 2026, en hausse de 6,4% par rapport à la même période en 2025. Ce volume menace directement 75 350 emplois. C’est le chiffre trimestriel le plus élevé depuis la crise financière de 2009.

Sur douze mois glissants à fin février 2026, la Banque de France dénombrait 69 392 défaillances au total, en progression par rapport aux 68 961 recensées fin janvier. La tendance ne montre pas de fléchissement. Allianz Trade impute cette persistance à l’inflation, aux taux d’intérêt encore élevés et aux incertitudes géopolitiques, et ne peut exclure un nouveau record annuel en 2026.

Les microentreprises sont les premières victimes. Selon 20 Minutes, les structures de moins de trois salariés représentent 75% des défaillances au premier trimestre, avec une hausse de 11,2%. Les retards de paiement de la clientèle sont fréquemment cités comme déclencheur immédiat. Ce profil correspond à une large part du tissu économique du Pas-de-Calais, structuré autour de TPE dans le commerce de proximité, le bâtiment et la restauration.

Le Pas-de-Calais en retrait, le Nord en surchauffe

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À l’échelle des Hauts-de-France, 1 370 défaillances ont été comptabilisées au premier trimestre 2026, soit une hausse de 2% sur un an, selon L’Union et Horizon Actu. Mais la carte régionale est contrastée.

Le Nord tire les chiffres vers le haut : le département concentre plus de 50% des défaillances de la région, avec une hausse de 14%. Dunkerque illustre ce décrochage : la juridiction commerciale locale enregistre une progression de 25% des procédures judiciaires au premier trimestre 2026, un pic qui n’a pas de précédent récent, toujours selon La Voix du Nord.

Le Pas-de-Calais présente, lui, une évolution inverse : -10% de défaillances sur la même période. Ce recul mérite d’être nuancé. Il ne signifie pas une embellie économique franche, mais peut refléter un effet de base après une année 2025 particulièrement difficile pour le département. En 2025, 964 entrepreneurs du 62 avaient perdu leur emploi, selon Le Journal des Entreprises - un chiffre en baisse de 4,6% par rapport à 2024, mais qui reste élevé en valeur absolue.

Les secteurs les plus exposés dans le 62

Construction, commerce, restauration : ces trois secteurs concentrent l’essentiel des pertes d’emploi liées aux défaillances dans le Pas-de-Calais en 2025, selon Le Journal des Entreprises. C’est aussi dans ces activités que les liquidations judiciaires sont les plus fréquentes, faute de repreneur ou de plan de continuation viable.

Dans les Hauts-de-France au premier trimestre 2026, les services et le commerce complètent ce trio, toujours selon L’Union. La construction reste sous pression, prise en étau entre des coûts de matériaux encore élevés et une commande publique et privée atone.

L’industrie mérite un focus particulier. Selon des experts auditionnés au Sénat et au CNAM, cités par La Gazette France, le secteur industriel français perd environ 20 000 emplois par an depuis le deuxième trimestre 2024, avec des défaillances records en 2025 et une accentuation attendue en 2026. Le Pas-de-Calais, dont le tissu industriel historique (sidérurgie, chimie, agro-alimentaire) a déjà subi des restructurations profondes, reste exposé à cette dynamique nationale. En 2025, les Hauts-de-France avaient enregistré 4 951 ouvertures de redressement judiciaire ou liquidation, en hausse de 2,1% par rapport à 2024, un niveau comparable à celui de 2015, selon Altares.

Contexte dans le Pas-de-Calais

Le Pas-de-Calais est l’un des départements français les plus exposés aux cycles économiques défavorables. Son tissu de PME et TPE, fortement représenté dans le BTP, le commerce de détail et la restauration, est structurellement fragile face aux hausses de coûts et aux retournements de conjoncture.

Le département a déjà traversé plusieurs vagues de désindustrialisation depuis les années 1980, avec des reconversions partielles insuffisantes pour compenser intégralement les emplois perdus. Le taux de chômage y reste historiquement supérieur à la moyenne nationale. Dans ce contexte, la hausse des taux d’intérêt depuis 2022 a pesé lourdement sur les entreprises en refinancement, tandis que les aides post-Covid ont progressivement été remboursées ou épuisées.

France 3 Hauts-de-France relevait début 2026 que le Nord était le seul département de France où les défaillances continuaient d’augmenter significativement, ce qui accentue mécaniquement la pression sur l’ensemble du bassin économique Nord/Pas-de-Calais, dont les entreprises partagent souvent des sous-traitants et des réseaux commerciaux communs.

La question du budget 2026 et des allègements de cotisations patronales débattus au niveau national s’inscrit dans ce contexte : les représentants des entreprises locales attendent des mesures concrètes sur la trésorerie à court terme, plus que sur des dispositifs structurels de long cours.

Ce que disent les experts et les juridictions

Les présidents des tribunaux de commerce du Nord et du Pas-de-Calais, interrogés par La Voix du Nord, pointent deux facteurs dominants : des trésoreries épuisées après plusieurs années de turbulences (Covid, inflation, hausse des taux) et un manque de visibilité sur les carnets de commandes. Ce double handicap rend difficile toute anticipation et fragilise les procédures de prévention, qui nécessitent que le dirigeant détecte les difficultés assez tôt.

Allianz Trade, spécialiste de l’assurance-crédit, confirme que le niveau durablement élevé des défaillances ne devrait pas se résorber rapidement en 2026. L’environnement géopolitique - tensions commerciales, incertitudes sur les approvisionnements - pèse sur les marges des exportateurs régionaux, notamment dans l’agro-alimentaire et la chimie.

Par ailleurs, selon 20 Minutes, les très petites entreprises - moins de trois salariés - constituent le gros des bataillons de défaillances. Ces structures, souvent sans directeur financier ni trésorier, réagissent tardivement aux difficultés et se retrouvent en liquidation judiciaire directe, sans passage par le redressement. C’est une réalité quotidienne dans les greffes des tribunaux de commerce d’Arras, Béthune ou Boulogne-sur-Mer. Les condamnations d’entreprises pour pratiques commerciales illicites, comme dans d’autres régions, illustrent aussi la pression qui s’exerce sur des acteurs cherchant à survivre par tous les moyens.

Une tendance à surveiller jusqu’à la fin 2026

Les 1 370 défaillances comptabilisées en Hauts-de-France au seul premier trimestre 2026 extrapolées sur l’année pourraient dépasser les niveaux de 2025. Altares avait établi à 4 951 le nombre d’ouvertures de procédures collectives en région pour l’ensemble de 2025 - si la tendance se maintient, 2026 s’annonce au-dessus.

Les 964 emplois d’indépendants perdus dans le Pas-de-Calais en 2025 constituent une réalité humaine derrière les statistiques : artisans, commerçants, restaurateurs qui ferment après des années d’activité. Pour 2026, les données du premier trimestre suggèrent que le 62 amortit mieux le choc que le Nord voisin, mais la vigilance reste de mise, en particulier dans le bâtiment, où les carnets de commandes des PME s’allègent.

Les prochains chiffres trimestriels de la Banque de France, attendus courant juillet pour le deuxième trimestre 2026, permettront de confirmer - ou d’infirmer - si le recul de -10% observé dans le Pas-de-Calais constitue un vrai redressement ou un simple rebond technique après une 2025 exceptionnellement difficile.

Sources

Thomas Vandamme

Thomas Vandamme

Thomas est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Pas-de-Calais (62), avec Arras pour chef-lieu. Spécialité du département : premier port voyageurs Europe (Calais) et bassin minier UNESCO. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Hauts-de-France.

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