El Mencho abattu : 15 millions de dollars, 229 barrages, 8 États paralysés
La mort du baron de la drogue déclenche une vague de violence dans 20 États mexicains, suspendant cours et vols aériens
59 ans. C'est l'âge auquel s'est achevée, dimanche 22 février 2026, la cavale de Nemesio Oseguera Cervantes, alias "El Mencho", l'homme pour qui les États-Unis offraient 15 millions de dollars de récompense. Blessé lors d'une opération militaire à Tapalpa dans l'État de Jalisco, le chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG) est décédé pendant son transfert aérien vers Mexico. Sa mort a immédiatement embrasé le Mexique : 229 barrages routiers, des dizaines de véhicules incendiés, des commerces attaqués dans au moins 20 États.
- Nemesio Oseguera Cervantes, alias 'El Mencho', 59 ans, chef du cartel CJNG, a été abattu le 22 février 2026 lors d'une opération militaire à Tapalpa dans l'État de Jalisco, décédant pendant son transfert aérien vers Mexico
- Les États-Unis offraient 15 millions de dollars de récompense pour sa capture, un record pour un narcotrafiquant mexicain, et ont fourni un soutien en renseignement crucial pour l'opération
- La mort du baron de la drogue a déclenché une vague de violence coordonnée : 229 barrages routiers dans 20 États, dont 90% ont été levés à 20h dimanche soir, avec des véhicules incendiés et des commerces attaqués
- Au moins 8 des 32 États mexicains ont suspendu les cours lundi, Guadalajara s'est retrouvée paralysée, et des dizaines de vols vers Puerto Vallarta, Guadalajara et Manzanillo ont été annulés par les compagnies nord-américaines
- Guadalajara, qui doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde 2026 dans quatre mois, cristallise les inquiétudes sur la stabilité sécuritaire du Mexique, pays ayant enregistré plus de 450.000 morts liées aux cartels depuis 2006
Dans les hauts plateaux de Jalisco, dimanche 22 février en fin d’après-midi, l’armée mexicaine a mené l’une des opérations les plus décisives de la guerre contre les cartels. Selon Libération, l’assaut contre Nemesio Oseguera Cervantes, connu sous le nom d' »El Mencho », s’est soldé par la mort de sept membres du cartel et trois soldats blessés. Le narcotrafiquant, blessé pendant l’affrontement, est décédé « pendant son transfert par voie aérienne vers la ville de Mexico », a précisé Le Monde citant le communiqué officiel de l’armée.
Cette opération n’était pas le fruit du hasard. Karoline Leavitt, porte-parole du président Donald Trump, a confirmé sur X que « les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au gouvernement mexicain afin de l’aider dans une opération […] au cours de laquelle [il] a été éliminé ». La collaboration entre Washington et Mexico City aura finalement eu raison du dernier grand parrain mexicain encore en liberté, depuis l’incarcération aux États-Unis de Joaquín « El Chapo » Guzmán et Ismael « Mayo » Zambada, fondateurs du cartel de Sinaloa.
Une prime record et un empire criminel transnational
Nemesio Oseguera Cervantes était né le 17 juillet 1966 à Naranjo de Chila, une petite municipalité d’Aguililla dans le Michoacán. Comme le rapporte Euronews, il a grandi dans une famille pauvre de cultivateurs d’avocats avant de basculer très jeune dans la criminalité organisée. Après plusieurs années passées aux États-Unis où il fut arrêté pour trafic de drogue puis expulsé, il revient au Mexique et intègre le cartel de Milenio. À la suite de divisions internes et de l’arrestation de plusieurs chefs, il prend le contrôle d’une faction dissidente et fonde progressivement le CJNG entre la fin des années 2000 et le début des années 2010.
Sous sa direction, le cartel est devenu ce que le département d’État américain décrit comme une organisation « transnational, présent dans presque tout le Mexique ». Selon TF1 Info, le CJNG ne se limitait pas au trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl : il pratiquait l’extorsion, le trafic de migrants, le vol de pétrole et de minerais, ainsi que le commerce d’armes. En 2025, l’administration américaine a franchi un cap symbolique en désignant le CJNG comme organisation terroriste étrangère. La récompense offerte pour la capture d' »El Mencho » atteignait 15 millions de dollars, un record pour un narcotrafiquant mexicain.
Un arsenal de guerre et une riposte immédiate
L’ampleur de l’opération militaire témoigne de la puissance de feu du cartel. D’après Libération, les forces mexicaines ont saisi lors de l’assaut « des lance-roquettes capables d’abattre des avions et de détruire des véhicules blindés ». Deux membres du CJNG ont été arrêtés sur place, tandis que quatre autres sont morts pendant l’affrontement et trois autres lors de leur transfert.
La réaction du cartel ne s’est pas fait attendre. Dès l’annonce de la mort de leur chef, des membres présumés du CJNG ont déclenché une vague de violence coordonnée dans au moins 20 États du pays. Selon les données compilées par Libération, à 20 heures dimanche soir (3 heures du matin lundi en France), près de 90% des 229 barrages enregistrés dans le pays avaient été levés. Mais le mal était fait : des hommes armés avaient bloqué des axes routiers majeurs avec des véhicules incendiés dans les États de Jalisco, Michoacán, Colima, Tamaulipas, Guanajuato, Aguascalientes, Puebla et Sinaloa.
« Nous devons rester informés et calmes », a déclaré la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum sur X, après que des hommes armés ont bloqué plusieurs routes et incendié des commerces.
Guadalajara paralysée à quatre mois du Mondial
La situation a pris une tournure particulièrement préoccupante à Guadalajara, capitale de l’État de Jalisco et deuxième ville du Mexique. Comme le souligne La Libre Belgique, cette métropole de plusieurs millions d’habitants doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde de football 2026, coorganisée par le Mexique, les États-Unis et le Canada. Dimanche soir, après un appel des autorités à la population pour qu’elle se mette à l’abri, la ville s’est retrouvée totalement paralysée.
Le gouverneur de Jalisco, Pablo Lemus, a annoncé la suspension des cours en présentiel pour lundi. Au total, selon La Libre, au moins 8 des 32 États mexicains ont pris la même décision lundi matin. Le pouvoir judiciaire a même autorisé les juges à maintenir les tribunaux fermés lorsqu’ils l’estiment nécessaire. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient des panaches de fumée s’élevant au-dessus de la station balnéaire de Puerto Vallarta et des scènes de panique à l’aéroport.
Chaos aérien et appels internationaux à la prudence
L’impact de la crise s’est rapidement étendu au secteur aérien. Les compagnies américaines United, Southwest et Alaska, ainsi que les canadiennes Air Canada et WestJet ont annoncé l’annulation de dizaines de liaisons vers Puerto Vallarta, Guadalajara et Manzanillo. D’après Le HuffPost, certains avions ont même dû faire demi-tour alors qu’ils volaient déjà vers le Mexique.
L’ambassade américaine au Mexique a publié un avis de sécurité sans précédent, appelant ses concitoyens présents dans plusieurs zones du pays, y compris des destinations touristiques comme Cancun, Guadalajara et Oaxaca, à « se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre ». Le message était sans équivoque : « En raison des opérations de sécurité en cours, des barrages routiers et des activités criminelles, les citoyens américains se trouvant dans les lieux mentionnés doivent se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre. »
La Belgique a emboîté le pas. Son ambassade au Mexique a recommandé lundi aux voyageurs se trouvant dans l’État de Jalisco d’éviter tout déplacement inutile, précisant que certaines portions des autoroutes de l’État pourraient être temporairement bloquées. Le Canada a émis des alertes similaires, exhortant ses citoyens à faire preuve d’une extrême prudence.
Un tournant dans la guerre contre les cartels
La mort d' »El Mencho » marque potentiellement un tournant dans la lutte contre le narcotrafic au Mexique. Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, a salué « une grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier ». Mais comme le rappelle TF1 Info, José Reveles, écrivain spécialiste du narcotrafic, décrivait « El Mencho » comme un homme à la « nature violente », qui n’a pas craint de se confronter frontalement aux autorités, contrairement à d’autres cartels plus défensifs.
Le bilan humain de la guerre contre les cartels au Mexique reste accablant. Les violences liées au trafic de drogue ont fait plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus depuis 2006, date du lancement de la « guerre contre la drogue » par le président Felipe Calderón. La question qui se pose désormais : la disparition du dernier grand parrain va-t-elle pacifier le pays ou au contraire déclencher une guerre de succession sanglante au sein du CJNG et entre cartels rivaux ?
L’avenir proche donnera des éléments de réponse. Pour l’heure, le Mexique retient son souffle, entre espoir d’un tournant décisif et crainte d’une escalade de violence. À quatre mois de la Coupe du monde, Guadalajara et ses habitants découvrent que le chemin vers la normalité sera long et semé d’embûches.
Sources
- Libération (23 février 2026)
- Le Monde (22 février 2026)
- Euronews (22 février 2026)
- TF1 Info (22 février 2026)
- Le HuffPost (22 février 2026)
- La Libre Belgique (23 février 2026)