Esthéticiennes d’Île-de-France : le harcèlement sexuel, fléau quotidien du métier

Des praticienne du Val-d'Oise et des Hauts-de-Seine témoignent d'appels obscènes répétés et d'incidents en cabine, un phénomène systémique dénoncé par la profession.

Esthéticiennes d'Île-de-France : le harcèlement sexuel, fléau quotidien du métier
Illustration Sophie Lefebvre / info.fr

Appels obscènes, clients se masturbant au téléphone, incidents en cabine en Île-de-France, les esthéticiennes subissent un harcèlement sexuel quasi quotidien. Des professionnelles du Val-d'Oise et des Hauts-de-Seine brisent le silence. La Chambre nationale de l'esthétique réclame une action des pouvoirs publics.

Appels obscènes, clients se masturbant au téléphone, incidents en cabine : en Île-de-France, les esthéticiennes subissent un harcèlement sexuel quasi quotidien. Des professionnelles du Val-d’Oise et des Hauts-de-Seine brisent le silence. La Chambre nationale de l’esthétique réclame une action des pouvoirs publics.

L’essentiel

  • Témoignage : Christiane, praticienne à Colombes, reçoit plusieurs appels obscènes par jour, selon Le Parisien.
  • Val-d’Oise : Claire, patronne d’institut dans une petite commune du 95, a subi un incident en cabine incluant éjaculation sur le mobilier, selon la même source.
  • Entraide : Claire, représentante CNAIB locale, anime un groupe Facebook de 16 000 esthéticiennes pour signaler les clients suspects.
  • Chiffres nationaux : 132 300 victimes de violences sexuelles enregistrées en France en 2025, en hausse de 8% par rapport à 2024, dont 85% de femmes (ministère de l’Intérieur).
  • Outrages sexistes : +17% d’infractions enregistrées en France en 2025, soit 3 900 cas (ministère de l’Intérieur).

Des appels qui saturent les journées de travail

Christiane travaille dans un salon d’épilation laser à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Chaque jour, selon son témoignage rapporté par Le Parisien, elle décroche plusieurs appels d’hommes qui se font passer pour des clients. Les conversations dérivent rapidement : demandes explicites, propos sexuels, masturbation au téléphone. Elle raccroche. Elle rappelle pour un vrai rendez-vous. Puis recommence.

Ce récit n’est pas isolé. À quelques kilomètres de là, dans une petite commune du Val-d’Oise, Claire dirige son propre institut. Elle témoigne des mêmes appels à connotation sexuelle, mais aussi d’un incident physique : un client a éjaculé sur le mobilier de sa cabine. Les faits ont été rapportés par Le Parisien fin avril 2026.

Les jeunes en formation, premières exposées

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Le harcèlement ne touche pas seulement les patronnes d’instituts. Il frappe aussi les apprenties et les élèves en stage, selon Le Parisien. Certaines découvrent ces situations dès leurs premières semaines en cabinet. Face à cela, la profession développe des réflexes de survie : on apprend aux jeunes à sortir immédiatement de la cabine en cas d’incident, à couper court à l’appel, à ne jamais rester seule avec un client jugé suspect.

L’impact sur la santé mentale est réel. Les témoignages recueillis évoquent un sentiment de dévalorisation, une anxiété avant de décrocher le téléphone, une méfiance instillée dès le début du parcours professionnel. Des données nationales mettent ce phénomène en perspective : selon le ministère de l’Intérieur, les risques psychosociaux au travail sont en forte progression, et 41% des femmes ayant exercé une activité professionnelle déclarent avoir subi du harcèlement sexuel au travail au cours de leur vie, selon les données compilées par l’association Nous Toutes.

Un groupe Facebook de 16 000 membres pour se protéger

Faute de réponse institutionnelle suffisante, les esthéticiennes s’organisent entre elles. Claire, qui est aussi représentante de la Chambre nationale de l’esthétique, de l’esthétique innovante et de la beauté (CNAIB) dans le Val-d’Oise, administre un groupe Facebook qui rassemble 16 000 professionnelles, selon Le Parisien. L’outil sert à partager des signalements sur des clients suspects, à s’alerter mutuellement, à se soutenir face à des situations traumatisantes.

Ce réseau informel fonctionne comme un système d’alerte de proximité. Une praticienne de Cergy peut prévenir une collègue de Pontoise. Une gérante de Sarcelles peut diffuser le signalement d’un numéro récidiviste. L’efficacité repose sur la solidarité, non sur un dispositif légal.

La CNAIB pointe la confusion avec les faux salons

Nadège Dekenuydt, coprésidente de la CNAIB, identifie une cause structurelle au problème, toujours selon Le Parisien : la multiplication de faux salons proposant des prestations à caractère sexuel sous couverture d’instituts de beauté. Ces établissements créent une confusion dans l’esprit de certains hommes, qui appellent ou se présentent dans de vrais instituts en pensant pouvoir obtenir des services intimes.

Elle appelle les pouvoirs publics à fermer ces établissements illicites. Sans action sur ce point, dit-elle, la confusion persistera et avec elle, le harcèlement. La profession n’a pas communiqué de démarche officielle en cours auprès des préfectures ou de la justice à ce stade. Le sujet du harcèlement sexuel à l’ère numérique et physique monte en pression dans plusieurs secteurs professionnels féminisés.

Contexte dans le Val-d’Oise

Le Val-d’Oise compte plusieurs centaines d’instituts de beauté, concentrés notamment dans les zones urbaines de Cergy-Pontoise, Argenteuil, Sarcelles et Ermont. Le département, avec ses 1,2 million d’habitants, abrite une forte proportion de jeunes actifs et une offre dense en formations aux métiers de l’esthétique dans ses lycées professionnels et CFA.

Le phénomène décrit par Claire et ses collègues s’inscrit dans une tendance nationale documentée. En 2025, les services de sécurité ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles en France, soit une hausse de 8% par rapport à 2024. Les femmes représentent 85% de ces victimes, selon le ministère de l’Intérieur. Les outrages sexistes et sexuels ont quant à eux progressé de 17%, avec 3 900 infractions enregistrées. Ces données officielles ne distinguent pas les victimes par secteur professionnel.

En dehors de l’esthétique, d’autres secteurs féminisés sont régulièrement confrontés à des problèmes similaires. À Vendôme, un hôpital tente de se reconstruire après la révocation de deux médecins pour violences sexuelles, illustrant la portée transversale du problème dans les métiers du soin et du service.

Un précédent judiciaire révélateur

La question du harcèlement dans les cabines de soins n’est pas nouvelle. En 2019, une esthéticienne avait signalé le chanteur Patrick Bruel pour exhibition sexuelle et harcèlement lors d’une séance de massage, selon Mediapart. Le parquet d’Ajaccio avait ouvert une enquête préliminaire. L’affaire avait mis en lumière la vulnérabilité spécifique des praticienne travaillant seules avec des clients dans des espaces fermés.

Aucune évolution législative ciblant spécifiquement le secteur de l’esthétique n’a été recensée depuis lors.

Pas de réponse institutionnelle locale identifiée

Ni la préfecture du Val-d’Oise, ni les services de police du département n’ont communiqué de dispositif spécifique à destination des esthéticiennes à ce stade. Le débat sur les violences sexuelles reste vif au niveau national, mais sans traduction locale identifiée pour ce secteur professionnel.

La CNAIB, de son côté, n’a pas précisé de calendrier pour des démarches auprès des pouvoirs publics. Son groupe Facebook de 16 000 membres reste pour l’heure l’outil central de protection collective.

Claire, dans le Val-d’Oise, continue de gérer son institut et d’administrer son réseau d’alerte. Christiane, à Colombes, continue de décrocher son téléphone chaque matin.

Sources

Sophie Lefebvre

Sophie Lefebvre

Sophie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Val-d'Oise (95), avec Cergy pour chef-lieu. Spécialité du département : aeroport Roissy CDG (90 000 emplois) et Cergy. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Île-de-France.

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