Free party illégale sur zone militaire du Cher : élus et résidents dénoncent le danger réel
Environ 20 000 personnes rassemblées depuis le 1er mai sur le polygone de tir de Cornusse, truffé de munitions non explosées
Le 'Teknival de Bourges' occupe depuis le 1er mai 2026 le polygone de tir militaire de Cornusse, près de Bourges, malgré un arrêté préfectoral d'interdiction. Élus et riverains dénoncent un danger concret le site recèle des munitions non explosées potentiellement datant de la Première Guerre mondiale. Quelque 600 gendarmes, 45 pompiers et 30 secouristes sont mobilisés.
Le ‘Teknival de Bourges’ occupe depuis le 1er mai 2026 le polygone de tir militaire de Cornusse, près de Bourges, malgré un arrêté préfectoral d’interdiction. Élus et riverains dénoncent un danger concret : le site recèle des munitions non explosées potentiellement datant de la Première Guerre mondiale. Quelque 600 gendarmes, 45 pompiers et 30 secouristes sont mobilisés.
L’essentiel
- 20 000 participants : chiffre relevé par la préfecture du Cher au 1er mai 2026, avec jusqu’à 30 000 attendus sur trois jours.
- Arrêté du 27 avril : la préfecture avait interdit tout rassemblement musical de ce type dans le Cher avant le début de l’événement.
- 10 000 hectares : superficie du polygone de tir de la DGA-TT, s’étendant sur une douzaine de communes et en activité depuis plus d’un siècle.
- 600 gendarmes, 45 pompiers, 30 secouristes : dispositif de sécurité déployé sur site selon BFMTV.
- Denis Durand, maire de Bengy : dénonce un « danger réel » et l’impuissance de l’État face à cette occupation illégale.
Une free party sur un terrain interdit au public
Dès 5 heures du matin le 1er mai 2026, des convois de véhicules ont convergé vers le polygone de tir de Cornusse. Vers 9h, la gendarmerie comptait déjà plus de 2 000 véhicules et 8 000 personnes sur site, selon Le Monde et BFMTV. En cours de journée, le nombre de participants a atteint environ 20 000, avec une projection de 30 000 d’ici au 3 mai.
Le rassemblement se tient sur le polygone de tir de la Direction générale de l’armement - Techniques terrestres (DGA-TT). Ce site de 10 000 hectares, créé il y a plus d’un siècle et célébré pour ses 100 ans en 2018 selon Le Berry Républicain, sert aux essais d’artillerie - dont le canon Caesar. Il s’étend sur une douzaine de communes du Cher.
Un terrain « très dangereux » selon le préfet
Le préfet du Cher, Philippe Le Moing Surzur, a qualifié le site de « très dangereux ». La zone recèle des munitions non explosées potentiellement datant de la Première Guerre mondiale. Une équipe de déminage y est présente en permanence, et l’accès aux bois est habituellement interdit, rappelle Franceinfo.
Ce caractère exceptionnel du terrain est au cœur de la colère des résidents. Selon un reportage de Franceinfo, une habitante d’un village voisin souligne que même les locaux n’ont pas le droit de s’y promener, en raison des tirs militaires hebdomadaires. « Même les habitants n’ont pas le droit d’y aller », résume-t-elle.
La colère des élus locaux
Denis Durand, maire de Bengy-sur-Craon, commune limitrophe, ne mâche pas ses mots. Il dénonce auprès de Franceinfo un « danger réel » lié aux charges non explosées présentes dans le sol et critique l’impuissance de l’État face à l’occupation illégale du site.
Sa position reflète un sentiment partagé dans les communes voisines : la zone militaire est habituellement sous contrôle strict. Voir des dizaines de milliers de personnes y circuler librement, avec des sonos et des générateurs, suscite une incompréhension profonde chez des élus qui subissent eux-mêmes des restrictions d’accès.
Ce 1er mai 2026 a été marqué par des mobilisations sociales dans toute la France, contexte dans lequel le choix de cette date par les organisateurs du Teknival n’est pas anodin.
Les motivations des organisateurs
Le Teknival de Bourges n’est pas un rassemblement sans revendication. Selon Le Monde et TV5 Monde, les organisateurs protestent contre la proposition de loi 1133, qui vise à renforcer la pénalisation des rave-parties non déclarées ou interdites. Pour promouvoir l’événement, ils ont diffusé sur les réseaux sociaux un faux arrêté préfectoral.
Le choix du polygone militaire est lui aussi délibéré. Selon Le Berry Républicain, les organisateurs entendent dénoncer l’industrie « mortifère » de la défense et cibler le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Un dispositif de sécurité massif
Face à l’affluence, les autorités ont déployé un dispositif important : 600 gendarmes, 45 pompiers et 30 secouristes, selon BFMTV. Des contrôles systématiques sont effectués. L’objectif est de limiter les risques sans disperser par la force une foule aussi dense sur un terrain aussi sensible.
La préfecture avait anticipé : un arrêté du 27 avril 2026 interdisait explicitement les manifestations musicales de ce type dans le Cher. L’arrêté n’a pas suffi à dissuader les organisateurs ni les participants.
Le secteur de la défense génère des enjeux économiques et sécuritaires complexes dans plusieurs départements français. À titre de comparaison, le Val-d’Oise fait face à des pénuries de recrutement dans l’aéronautique et la défense, secteur qui pèse lourd dans l’économie locale.
Contexte dans le Cher
Le Cher est un département de Centre-Val-de-Loire d’environ 290 000 habitants, avec Bourges comme préfecture. Le polygone de tir de Cornusse est l’une des plus grandes zones militaires actives de France intérieure, couvrant une douzaine de communes rurales.
Ce n’est pas la première fois que le Cher accueille un Teknival. Le dernier remontait à 2021, à Aubigny-sur-Nère, selon France Bleu Berry. Le premier Teknival en France s’est tenu en 1993 près de Beauvais. Ces événements restent rares dans le département, mais leur organisation y génère systématiquement des tensions avec les autorités locales.
Le contexte législatif national pèse sur le débat : la proposition de loi 1133 ciblée par les organisateurs vise précisément à durcir les sanctions contre les rassemblements non déclarés. Les grandes manifestations culturelles encadrées de la région Centre-Val-de-Loire, comme les fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans, illustrent le contraste entre rassemblements autorisés et illégaux.
Historique et précédent
Le polygone de tir de la DGA-TT a été créé il y a plus d’un siècle et a célébré ses 100 ans en 2018, selon Le Berry Républicain. Il est régulièrement utilisé pour des essais de systèmes d’armement terrestres, dont le canon Caesar. La présence permanente d’une équipe de déminage témoigne de la densité en munitions résiduelles enfouies dans le sol.
La mobilisation de forces de sécurité sur ce type de site est inédite à cette échelle dans le département. Le déploiement de 600 gendarmes un jour férié représente une contrainte opérationnelle significative pour les forces de l’ordre du Cher et des départements voisins.
Les festivités sont annoncées jusqu’au 3 mai 2026. La préfecture du Cher devra communiquer sur les suites judiciaires éventuelles - organisateurs et participants étant soumis à l’arrêté d’interdiction du 27 avril - une fois le rassemblement dissous.
Sources
- Franceinfo : Cher : plusieurs milliers de personnes rassemblées pour une rave party sur un terrain militaire
- BFMTV : Environ 20 000 participants, terrain très dangereux : ce que l'on sait de la free party géante près de Bourges
- Franceinfo : "Même les habitants n'ont pas le droit d'y aller" : élus et résidents dénoncent le danger réel
- Le Berry Républicain : Rave-party géante dans le Cher : pourquoi le polygone de tir est un terrain très dangereux, truffé d'explosifs