Lecornu réautorise les passoires énergétiques à Marseille : relance locative ou recul écologique ?
Le Premier ministre assouplit les normes DPE pour 700 000 logements, malgré l'opposition des écologistes et des associations de locataires.
Sébastien Lecornu a annoncé le 23 avril 2026 à Marseille un projet de loi réautorisant la location des passoires énergétiques (classées F ou G) sous conditions de rénovation. Une mesure controversée, visant à relancer le marché locatif dans les Bouches-du-Rhône, où la crise du logement s'aggrave.
Un assouplissement des normes DPE pour 700 000 logements
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé le 23 avril à la préfecture des Bouches-du-Rhône un projet de loi Relance Logement, qui prévoit la réautorisation des passoires énergétiques (logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique, DPE) sous conditions. Cette annonce, faite à Marseille, intervient dans un contexte de crise aiguë du logement dans le département, où 40 000 logements insalubres persistent et seulement 3 500 constructions neuves sont réalisées annuellement, contre 5 000 nécessaires, selon Ouest-France.
Les propriétaires devront s’engager à réaliser des travaux de rénovation énergétique dans un délai de 3 ans pour les maisons individuelles et 5 ans pour les appartements en copropriété. En cas de non-respect, des sanctions sont prévues, incluant une récupération fiscale sur les loyers perçus. L’objectif affiché est de maintenir ou de remettre sur le marché locatif entre 650 000 et 700 000 logements d’ici 2028, évitant ainsi la sortie de 1,146 million d’unités du parc locatif (453 000 classées G et 693 000 classées F), interdites depuis 2025 et 2028 respectivement, en vertu de la loi Climat et Résilience de 2021.
Une mesure critiquée par les écologistes et les associations
La décision du gouvernement suscite une vive opposition. Le Réseau Action Climat a qualifié cette mesure de « recul », soulignant qu’elle prolonge l’exposition des locataires à des factures énergétiques élevées. La Confédération nationale du logement (CNL) a dénoncé une « moquerie » pour les populations vulnérables, alors que le nombre d’expulsions locatives a atteint un record en 2024, avec 24 556 interventions de la force publique, selon le rapport 2026 de la Fondation Abbé Pierre.
À Marseille, la crise du logement est particulièrement prégnante. En 2024, 102 procédures de travaux d’office ont été lancées pour lutter contre l’habitat indigne, et un plan de 600 millions d’euros a été engagé pour rénover quatre grandes copropriétés dégradées, abritant 9 000 habitants. Sébastien Lecornu a justifié cette mesure en déclarant : « Il faut être pragmatique et raisonnable, quand on voit que ça va créer une pénurie de logements, il faut savoir un tout petit peu changer la méthode, sans changer l’ambition », comme le rapporte France Info.
Prochaines étapes et enjeux locaux
Le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres dans les prochaines semaines, avec une première lecture au Sénat prévue d’ici l’été 2026. Il inclut également une décentralisation accrue, confiant aux maires une part plus importante dans l’attribution des logements sociaux, ainsi qu’un nouveau programme de renouvellement urbain (ARNU3) pour la période 2030-2040, doté d’un budget initial de 2,5 milliards d’euros.
Dans les Bouches-du-Rhône, cette mesure pourrait avoir un impact significatif sur le marché locatif, mais elle risque aussi d’accentuer les inégalités sociales et environnementales. Comme le souligne un récent reportage sur la précarité en Alsace, les politiques du logement doivent souvent arbitrer entre urgence sociale et transition écologique.
Pour les locataires marseillais, l’enjeu est double : accéder à un logement abordable tout en évitant les passoires thermiques, dont le coût énergétique pèse lourdement sur les budgets des ménages modestes. La production de logements sociaux, en chute depuis 2016 (85 000 agréments en 2025 contre 124 000 en 2016), reste un défi majeur, avec 2,8 millions de demandes en attente au niveau national.
Contexte
L’interdiction de louer les passoires énergétiques classées G est entrée en vigueur le 1er janvier 2025, suivie par celle des logements classés F en 2028, dans le cadre de la loi Climat et Résilience de 2021. Cette réglementation visait à accélérer la rénovation du parc immobilier français, mais elle a aussi contribué à réduire l’offre locative, aggravant la crise du logement dans des zones tendues comme Marseille.
En 2024, la Fondation Abbé Pierre alertait déjà sur la hausse des expulsions locatives, un phénomène qui touche particulièrement les ménages précaires. À Clermont-Ferrand, où les travaux de rénovation de la cathédrale mobilisent des fonds publics, les associations locales soulignent également les difficultés croissantes d’accès au logement.
Et maintenant ?
Le projet de loi Relance Logement sera soumis au vote du Parlement d’ici la fin de l’année 2026. Si elle est adoptée, cette mesure pourrait redynamiser le marché locatif dans les Bouches-du-Rhône, mais elle devra aussi prouver son efficacité en matière de rénovation énergétique, sous peine de creuser davantage les inégalités sociales et climatiques.
Sources
- Le Monde : Sébastien Lecornu annonce un projet de loi logement et un nouveau programme de renouvellement urbain
- France Info : Le gouvernement veut permettre la location des passoires thermiques sous certaines conditions
- Ouest-France : Crise du logement à Marseille : la politique face à la réalité humaine
- Gouvernement.fr : Loi énergie climat - Ministère de la Transition écologique