Libourne mise sur la Dordogne pour désengorger ses routes

Entre fret décarbonné et croisières record, le port libournais reprend du galon dans la stratégie régionale de mobilité.

Libourne mise sur la Dordogne pour désengorger ses routes
Illustration Nathalie Rousselin / info.fr

Le Grand Port Maritime de Bordeaux et la Métropole réinvestissent massivement la voie d'eau. Libourne, escale historique sur la Dordogne, se retrouve au cœur d'un projet à 87 millions d'euros pour réduire la dépendance à la route.

Au pied du quai du Priourat, les bateaux de croisière défilent depuis quelques années avec une régularité nouvelle. En 2025, le port de Libourne-Saint-Émilion a enregistré un record : 25 000 passagers, répartis sur 208 escales, dont une sixième compagnie - Avalon - qui a rejoint l’offre existante. La Cali, qui gère le port depuis 2021, le confirme dans son rapport de développement durable publié en mars 2026.

Mais derrière le tourisme fluvial, c’est une ambition plus large qui se dessine. Le Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB) a adopté le 27 janvier 2026 un projet stratégique 2026-2030, selon Sud Ouest, prévoyant 87 millions d’euros d’investissements. L’objectif : transférer 15 % du trafic transférable vers le fluvial et le ferroviaire, soit environ 300 000 tonnes supplémentaires par an - l’équivalent d’un train par jour ouvré. Libourne figure dans la feuille de route comme point d’ancrage vers l’intérieur des terres.

Des quais adaptés pour le fret, des millions engagés

Bordeaux Métropole participe concrètement à l’effort. Elle finance à hauteur de 3,72 millions d’euros sur 2023-2027 l’adaptation de quais pour le fret fluvial au Grand Port Maritime, dont 710 000 euros débloqués en 2026 pour neuf opérations spécifiques, selon son dossier de presse de septembre 2025. L’enjeu : décarboner la logistique et réduire les camions sur les axes routiers girondins, saturés aux heures de pointe.

Le projet inclut des expérimentations concrètes : du fret de matériaux recyclés entre Damazan et Bassens, testé sur l’axe Garonne-estuaire. Si les résultats sont concluants, l’extension vers la Dordogne et Libourne semble logique. En 2025, le trafic global du GPMB a légèrement reculé de 1,4 % à 6,2 millions de tonnes, selon Ports et Corridors - mais le glissement des trafics énergétiques vers les vracs solides crée une ouverture pour le fluvial.

Un héritage médiéval, une ambition contemporaine

Publicité

Ce n’est pas la première fois que Libourne joue un rôle central sur la voie d’eau. Plaque tournante fluviale depuis le XIIIe siècle, la ville captait déjà 10 % du trafic fluvial régional en 1306-1308 pour acheminer vins et produits agricoles vers Bordeaux, selon des travaux universitaires consultés sur le site de l’université Gustave Eiffel.

En 2026, d’autres chantiers accompagnent cette relance. La renaturation du ruisseau du Taillas et la restauration d’un effondrement de quai en amont du pont de Fronsac sont prévues cette année, d’après le rapport de la Cali - des travaux qui soutiennent à la fois l’écologie fluviale et la praticabilité des berges.

Prochaine étape : le déploiement effectif du projet stratégique 2026-2030 du GPMB, qui doit traduire les objectifs de report modal en opérations concrètes sur l’axe Dordogne d’ici la fin de la décennie.

Sources

Hugo Castaing

Hugo Castaing

Correspondant Gironde d'info.fr, Hugo Castaing connaît les tramways de Bordeaux et les vignobles du Médoc mieux que son téléphone. Formé en presse quotidienne régionale, il couvre depuis cinq ans les dossiers qui font bouger le 33 : urbanisme bordelais, viticulture sous climat instable, port autonome de Bassens, tensions politiques autour de Pierre Hurmic. De Bordeaux à Libourne, d'Arcachon à Lesparre, il fait le tour du département sans jamais dépendre des communiqués.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie