Mayotte : l’État dénonce l’instrumentalisation politique du camp de Tsoundzou 2

Plus de 1 200 migrants vivent dans un camp insalubre à Mamoudzou pendant que les élus mahorais refusent d'accueillir un nouveau centre de rétention.

Mayotte : l'État dénonce l'instrumentalisation politique du camp de Tsoundzou 2
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

À Tsoundzou 2, au sud de Mamoudzou, plus de 1 200 migrants africains, dont des familles, survivent dans un camp jugé insalubre. L'État envisage un nouveau centre de rétention plus sécurisé, mais se heurte au refus quasi-unanime des élus locaux. Il dénonce désormais une instrumentalisation politique du dossier.

À Tsoundzou 2, au sud de Mamoudzou, plus de 1 200 migrants africains, dont des familles, survivent dans un camp jugé insalubre. L’État envisage un nouveau centre de rétention plus sécurisé, mais se heurte au refus quasi-unanime des élus locaux. Il dénonce désormais une instrumentalisation politique du dossier.

L’essentiel

  • Plus de 1 200 personnes : migrants africains, dont des familles avec enfants, recensés dans le camp insalubre de Tsoundzou 2, au sud de Mamoudzou, selon Le Monde.
  • Refus quasi-unanime : la quasi-totalité des élus mahorais s’opposent à l’implantation d’un nouveau centre de rétention sur leur territoire.
  • « Camp de la honte » : la députée Anchya Bamana a visité le site le 29 avril 2026 et exigé son démantèlement auprès du ministre Lecornu.
  • 48 places supplémentaires prévues : un nouveau local de rétention administrative de 48 places est prévu pour 2026, selon le Sénat.
  • 52 millions d’euros : la loi n° 2025-797 du 11 août 2025 alloue ce budget pour 2025-2027 au renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte.

Un camp insalubre au cœur de la polémique

Le camp de Tsoundzou 2 concentre depuis plusieurs mois une population migrante importante. Selon Le Monde, plus de 1 200 personnes - dont des familles avec enfants - y vivent dans des conditions dégradées, sans accès suffisant à l’eau, à l’assainissement ni aux soins. Le site se trouve au sud de Mamoudzou, dans une zone déjà marquée par des opérations successives de démantèlement.

Le 29 avril 2026, la députée mahoraise Anchya Bamana s’est rendue sur place pour constater la situation. À l’issue de sa visite, elle a interpellé directement le ministre Sébastien Lecornu, exigeant le démantèlement du camp qu’elle qualifie de « camp de la honte », selon La1ère.

Mayotte Hebdo précise qu’Anchya Bamana a visité le camp « pour se rendre compte sur le terrain des conditions de vie réelles de ses habitants ».

L’État accuse les élus de bloquer le projet

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Face à cette situation, l’État avait dans un premier temps été réservé sur la construction d’un nouveau centre de rétention plus sécurisé. Il a depuis évolué sur ce point, selon Le Monde. Le projet se heurte cependant à un obstacle politique : la quasi-totalité des élus mahorais refusent d’accueillir cette infrastructure sur leur commune.

C’est ce blocage que l’État dénonce publiquement. Les services de l’État estiment que ce refus collectif relève d’une instrumentalisation politique du sujet migratoire - chaque élu rejetant la construction sur son territoire tout en réclamant une action ferme contre l’immigration irrégulière.

Ce type de contradiction entre demande de fermeté et refus d’accueillir les infrastructures nécessaires à cette fermeté illustre une tension récurrente dans la gestion locale du dossier migratoire à Mayotte. À Mamoudzou, l’opération Kingia multiplie par ailleurs les interventions contre les activités informelles liées à la présence de personnes en situation irrégulière.

Un historique de démantèlements successifs

Le camp de Tsoundzou 2 n’en est pas à sa première évacuation partielle. Le 10 février 2026, la préfecture a pris un arrêté pour libérer l’accès au chantier de la station d’épuration de Mamoudzou Sud. Les premières tentes ont été démontées le 13 février 2026, selon Le Journal de Mayotte et La1ère.

Avant cela, un camp distinct à Tsoundzou II avait été démantelé le 22 octobre 2025, selon Le Monde et Mayotte Hebdo. Les migrants déplacés s’étaient alors reportés sur le site voisin de Tsoundzou 2 - illustrant un schéma répétitif : démantèlement, déplacement, reconstitution d’un nouveau camp à proximité.

Cette mécanique de déplacements successifs rend difficile toute solution durable sans infrastructure d’accueil ou de rétention pérenne. Le rapport du Sénat (r25-004) indique qu’un nouveau local de rétention administrative de 48 places est prévu à Mayotte pour 2026, dans le cadre d’une extension des capacités nationales.

Contexte dans le département de Mayotte

Mayotte est le département français le plus exposé à la pression migratoire. L’INSEE estimait la population à 329 000 habitants au 1er janvier 2025, avec un solde migratoire de +35 000 personnes par an depuis 2017. Un recensement exhaustif a été conduit du 27 novembre 2025 au 10 janvier 2026, mobilisant 700 agents, pour actualiser ces données après l’immigration et le passage du cyclone Chido.

Le territoire abrite le seul centre de rétention administrative (CRA) d’outre-mer à capacité significative. Sa saturation régulière est documentée depuis plusieurs années. La loi n° 2025-797 du 11 août 2025 a prévu 52 millions d’euros sur la période 2025-2027 pour renforcer les dispositifs de détection et d’interception contre l’immigration clandestine dans l’archipel.

Sur le terrain, l’opération « Kingia », lancée le 10 avril 2026 avec 100 gendarmes et policiers supplémentaires, cible l’immigration irrégulière, l’habitat insalubre et la délinquance. Elle a déjà donné lieu à plusieurs opérations anti-taxis clandestins à Mamoudzou, aboutissant à 18 procédures et 9 interpellations. Dans un autre volet, des contrôles dans un lycée de Tsararano ont débouché sur 30 saisies d’objets dangereux, signe d’une montée en régime sécuritaire globale sur l’île.

InfoMigrants signale par ailleurs une nouvelle population migrante : des Congolais qui rejoignent Mayotte sans en connaître la destination, fuyant des conflits et se retrouvant dans une situation administrative encore plus précaire que les migrants économiques habituels.

Le projet de centre, suspendu à une décision politique

L’État n’a pas précisé de calendrier pour la construction du nouveau centre de rétention. Tant qu’aucune commune mahoraise n’accepte d’accueillir le projet, le site de Tsoundzou 2 continuera d’abriter des centaines de personnes dans des conditions que les autorités elles-mêmes jugent indignes.

Le ministre Lecornu n’a pas répondu publiquement à la demande de la députée Bamana à la date de publication de cet article. La préfecture de Mayotte n’a pas non plus communiqué de délai sur la suite du projet.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Ahamada est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayotte (976), avec Mamoudzou pour chef-lieu. Spécialité du département : département français le plus jeune et lagon (1er lagon mondial). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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