Mayotte : Saïd Kambi veut lancer une plainte collective contre la SMAE pour les coupures d’eau
L'ex-figure des Forces Vives 2024 porte-parole d'un collectif de 90 personnes, s'attaque aux coupures d'eau persistantes de la SMAE
Saïd Kambi, agent du Département de Mayotte et ancienne figure du mouvement social 2024 contre l'insécurité, annonce vouloir déposer une plainte collective contre la SMAE. Il représente un collectif d'environ 90 personnes. L'information a été confirmée par Mayotte Hebdo et Mayotte La 1ère le 3 et 4 juin 2026.
L’essentiel
- 90 personnes : taille du collectif que Saïd Kambi dit représenter pour une plainte collective contre la SMAE.
- 37 millions d’euros : montant des factures d’eau impayées à Mayotte en avril 2026, en partie en protestation contre le service défaillant, selon Le Monde.
- 1 000 euros : indemnité versée à six plaignants par la SMAE, condamnée fin 2023 par le tribunal judiciaire de Mamoudzou pour préjudice moral.
- 28 décembre 2023 : date du premier dépôt de plainte collectif contre la SMAE devant le TJ de Mamoudzou par des habitants.
- 3 juin 2026 : date de l’intervention de Saïd Kambi sur l’émission Zakweli de Mayotte La 1ère pour annoncer la démarche.
Une annonce faite sur l’antenne de Mayotte La 1ère
Saïd Kambi était l’invité de l’émission Zakweli sur Mayotte La 1ère le 3 juin 2026. Il y a exposé son intention de fédérer des habitants autour d’une plainte collective contre la Société mahoraise des eaux (SMAE). Le lendemain, Mayotte Hebdo confirmait l’information.
Sur La 1ère, Kambi a rappelé le cadre légal de sa démarche : « La SMAE a une mission de service public de nous fournir de l’eau », selon les propos rapportés par la chaîne. Son collectif se revendique d’une 90 personnes. La date de dépôt effectif de la plainte n’a pas été précisée publiquement à ce stade.
Qui est Saïd Kambi
Saïd Kambi est agent du Département de Mayotte. En 2024, il s’est fait connaître comme l’une des figures des Forces Vives, le mouvement social qui a organisé des barrages et manifestations contre l’insécurité dans l’archipel. Il s’est ensuite présenté aux élections législatives de 2024 dans la 1re circonscription de Mayotte, arrivant deuxième au premier tour avec 14,6 % des voix. En juin 2025, le Conseil constitutionnel l’a déclaré inéligible pour trois ans pour irrégularités dans ses comptes de campagne, selon Le Journal de Mayotte.
Ce contexte judiciaire personnel n’empêche pas la démarche collective annoncée, qui vise une société privée et non une élection. Kambi change ici de registre : du mouvement de rue à l’action civile.
Des précédents judiciaires déjà établis
La démarche de Kambi ne part pas de zéro. Le 28 décembre 2023, des habitants avaient déjà déposé une plainte devant le tribunal judiciaire de Mamoudzou contre la SMAE et le syndicat intercommunal pour non-respect des obligations de service public, selon le Bondy Blog. Fin 2023, ce même tribunal avait condamné la SMAE à verser 1 000 euros de réparation pour préjudice moral à six plaignants - une première victoire symbolique, relatée par Le Monde.
Des procédures judiciaires liées à l’eau à Mayotte continuent de se multiplier en 2026, illustrant la judiciarisation progressive du dossier hydrique.
La crise de l’eau, toujours là en 2026
La crise hydrique mahoraise n’est pas nouvelle. Elle a culminé en 2023-2024, alimentée par la sécheresse, des infrastructures vétustes et une croissance démographique rapide. En 2026, les tours d’eau et les incidents techniques persistent, selon Mayotte Hebdo.
Le symptôme financier est massif : en avril 2026, plus de 37 millions d’euros de factures d’eau restent impayées à Mayotte, en partie parce que des abonnés refusent de régler des factures pour un service qu’ils jugent défaillant, d’après Le Monde. La SMAE est une filiale de Vinci.
Les tensions sociales liées à ces difficultés du quotidien s’inscrivent dans un climat plus large. Des barrages et caillassages ont encore eu lieu dans la nuit du 2 au 3 juin dans plusieurs communes, signe que l’archipel reste sous tension sur plusieurs fronts simultanément.
Contexte dans le département (976 - Mayotte)
Mayotte compte environ 329 000 habitants au 1er janvier 2025 (INSEE), une population estimée autour de 338 000 en 2026. C’est le département français le plus jeune et l’un des plus pauvres, avec un taux de pauvreté structurellement élevé. L’accès à l’eau potable y reste un enjeu fondamental : le réseau date en partie de plusieurs décennies, et la demande a explosé avec la croissance démographique.
La SMAE est l’opérateur historique du service d’eau potable sur l’île. Elle concentre depuis plusieurs années les critiques des usagers et des associations. La récurrence des plaintes judiciaires depuis 2023 traduit une rupture de confiance durable entre une partie de la population et l’opérateur. Mayotte, 101e département français depuis 2011, continue d’accuser un retard d’équipements dans plusieurs secteurs essentiels.
Prochaine étape
La constitution formelle du collectif et le dépôt effectif de la plainte restent à confirmer. Saïd Kambi n’a pas communiqué de calendrier précis. La démarche sera à suivre devant le tribunal judiciaire de Mamoudzou, seule juridiction compétente sur l’île.
Sources
- Mayotte Hebdo : Saïd Kambi souhaite déposer une plainte collective contre la SMAE
- France TV La 1ère Mayotte : La SMAE a une mission de service public de nous fournir de l'eau, insiste Saïd Kambi
- Le Monde : À Mayotte, les impayés des abonnés dépassent les 37 millions d'euros
- Bondy Blog : Crise de l'eau à Mayotte : le combat des habitants devant la justice