Palantir éjecté de la DGSI : la France rompt avec dix ans de dépendance américaine
Après une décennie sous logiciel américain, les services de renseignement français et allemands basculent vers ChapsVision
Le 16 juin, le Premier ministre annonce la fin du contrat Palantir. Une rupture brutale après dix ans de dépendance. La migration vers la solution française ChapsVision prendra trois ans.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Dépendance aux géants américains
83% des dépenses cloud européennes vont à AWS, Azure et Google Cloud. Plus de 80% des services numériques européens fournis par des entreprises non-européennes.
Capacité technologique de ChapsVision
200 millions d'euros de CA face aux 4,5 milliards de Palantir. La migration DGSI prendra 3 ans. Le pari est technologique autant que politique.
Calendrier de transition
2027-2029 pour la DGSI, 2027 pour 200 000 agents équipés de Visio, 2030 pour les infrastructures IA. La souveraineté se construit au rythme des contrats.
Coordination franco-allemande
BfV et Bundeswehr quittent aussi Palantir. Macron et Merz portent ensemble l'agenda souveraineté. La force de l'Europe passe par l'alignement Paris-Berlin.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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2016
DGSI adopte Palantir
Juste après les attentats de novembre 2015, la DGSI signe avec Palantir Gotham.
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2019
Fondation de ChapsVision
La scale-up française ChapsVision est créée. Gaia-X est lancé par la France et l'Allemagne.
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déc. 2025
Dernier renouvellement Palantir
Le contrat Palantir est renouvelé pour trois ans de transition.
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26 janv. 2026
Visio remplace Zoom
David Amiel acte le remplacement de Zoom, Teams, Webex et Meet par Visio.
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mai 2026
L'Allemagne bascule
Le BfV choisit ChapsVision. La Bundeswehr arrête Palantir.
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16 juin 2026
Rupture française
Lecornu annonce la fin progressive du contrat Palantir. Migration DGSI vers ChapsVision d'ici 2027-2029.
Le 16 juin 2026 - Sébastien Lecornu annonce la rupture. La DGSI quittera Palantir. Pas dans six mois. Pas l’an prochain. Dans trois ans. Le temps de migrer vers ChapsVision, une scale-up française fondée en 2019.
Le contrat avec Palantir court depuis 2016. Il a été renouvelé en décembre 2025 pour une période de transition de trois ans. La migration définitive est estimée à l’horizon 2027-2029.
L’alignement stratégique Paris-Berlin
En mai 2026 - le service de renseignement intérieur allemand choisit ChapsVision aux dépens de Palantir. Parallèlement, la Bundeswehr confirme l’arrêt de l’utilisation des solutions Palantir. D’autres États européens réfléchissent également à se désengager de l’entreprise cofondée par Peter Thiel - proche de Donald Trump.
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large: plusieurs services de renseignement européens réévaluent leurs contrats avec les fournisseurs américains.
ChapsVision face au géant Palantir
ChapsVision compte plus de 1 000 salariés et affiche un chiffre d’affaires de près de 200 millions d’euros pour l’exercice 2025. En face, le géant américain Palantir pèse 4,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025. Le rapport de force est brutal. Mais la France et l’Allemagne ont tranché: la souveraineté vaut le pari technologique.
Trois ans pour tout rebâtir: le calendrier de la migration
Le contrat renouvelé en décembre 2025 court sur trois ans. Trois ans pour migrer dix ans d’historique opérationnel. La DGSI devra transférer ses bases de données, requalifier ses agents, adapter ses procédures d’analyse. ChapsVision devra prouver qu’elle peut absorber les flux de renseignement en temps réel, gérer les interconnexions avec les services partenaires européens, et garantir la même réactivité.
L’horizon 2027-2029 n’est pas une promesse politique. C’est un jalon technique. La première phase consiste à mettre en parallèle les deux systèmes pour valider la parité fonctionnelle. La deuxième transfère progressivement les flux opérationnels. La troisième bascule définitivement et coupe l’accès à Palantir. Chaque étape comporte des risques: perte de données, incompatibilité des formats, latence accrue. Le calendrier est serré parce que la marge d’erreur est nulle.
Paris-Berlin: une coordination inédite sur la souveraineté numérique
Emmanuel Macron et Friedrich Merz réaffirment leur engagement commun en faveur de la souveraineté numérique. Ce n’est pas un communiqué de façade. Anne Le Hénanff pilote la coopération franco-allemande sur la sûreté et la sécurité de l’IA. Concrètement, cela signifie des appels d’offres conjoints, des certifications croisées, et un partage des retours d’expérience durant la migration.
L’alignement Paris-Berlin accélère la normalisation technique: ChapsVision devra répondre aux exigences de deux services de renseignement distincts, ce qui force l’interopérabilité. Les deux États mutualisent également les risques financiers et politiques. Si ChapsVision échoue en France, l’Allemagne en paie aussi le prix. Cette interdépendance renforce la pression sur la scale-up française, mais lui ouvre aussi un marché élargi.
Zoom, Teams, Meet: l’État français les vire aussi
Le 26 janvier 2026 - David Amiel acte le remplacement de Zoom, Microsoft Teams, Webex et Google Meet au sein de l’appareil d’État. L’objectif fixé: l’adoption exclusive de la plateforme Visio par 200 000 agents publics d’ici 2027.
Le CNRS a résilié ses 34 000 licences Zoom en mars 2026 au profit de Visio. La bascule est lancée.
Le cloud européen: un chantier en panne depuis 2019
Lancé en 2019 par la France et l’Allemagne, le projet de cloud européen Gaia-X n’a pas réussi à donner naissance à un acteur paneuropéen capable de rivaliser avec Amazon Web Services ou Microsoft Azure. Amazon, Microsoft et Google détiennent ensemble plus de 60 % de parts de marché dans les services cloud mondiaux.
En Europe, 83 % des dépenses en cloud bénéficient à des fournisseurs américains. Plus de 80 % des services numériques européens sont fournis par des entreprises non-européennes.
La coentreprise Bleu - créée par Orange et Capgemini, a démarré ses activités commerciales en 2024. Elle distribue les services Microsoft hébergés en France sous qualification SecNumCloud. Un compromis pragmatique: technologie américaine, hébergement français.
L’Union européenne met 180 millions sur la table
La Commission européenne a attribué un contrat cloud souverain de 180 millions d’euros à quatre fournisseurs européens pour une période de six ans. En juin 2026 - elle a présenté un paquet de souveraineté technologique européenne. L’UE estime dépenser 264 milliards d’euros pour le package cloud et IA.
Treize fournisseurs cloud européens ont rejoint un groupe de parlementaires et d’ONG pour soutenir les mesures de l’UE visant à réduire la dépendance à la tech américaine.
Les dépenses cloud européennes dépendent à 83% des fournisseurs américains
La France injecte 655 millions dans l’IA
Un investissement public additionnel de 655 millions d’euros d’ici 2030, via le plan France 2030, est dédié aux infrastructures de calcul et à l’écosystème IA. Une phase pilote lancée mi-2026 équipe 10 000 agents publics avec le modèle d’IA de Mistral AI, avec l’objectif de toucher à terme l’ensemble de la fonction publique.
Ce que personne ne dit: l’Europe paie sa décennie perdue
La France a passé dix ans à dépendre de Palantir. L’Allemagne a laissé ses services de renseignement dépendre d’une entreprise américaine. ChapsVision existe depuis 2019 - mais n’a été jugée crédible que récemment. Le réveil est brutal parce que le déni a duré trop longtemps.
Le rapport de force avec Palantir illustre l’écart: 4,5 milliards de dollars contre 200 millions d’euros. Un facteur 22. La migration prendra trois ans parce qu’on ne rattrape pas une décennie en six mois. La souveraineté technologique ne se décrète pas. Elle se construit. Et l’Europe a commencé tard.
La question n’est plus de savoir si l’Europe peut se passer des outils américains. La question est de savoir combien de temps il faudra pour que les alternatives européennes soient aussi performantes. La réponse se lit dans les calendriers: 2027-2029 pour la DGSI, 2027 pour les 200 000 agents publics équipés de Visio, 2030 pour les infrastructures IA. Trois ans, quatre ans, cinq ans. Le temps d’une dépendance qui se défait au rythme des contrats de transition.
Sources
- EU Commission awards cloud contract to four European providers
- EU aims for technological sovereignty with push for homegrown tech
- EU cloud rules to curb Amazon, Google access to strategic tenders
- European cloud providers back EU push to cut reliance on US tech
- ChapsVision replaces U.S. giant Palantir at France's domestic intelligence agency
- Souveraineté numérique : l'Europe ne peut plus se contenter de réagir
- L'État généralise Visio, sa solution de visioconférence souveraine
- Quelles pistes pour renforcer la souveraineté numérique de la France
