Traite d’êtres humains : Uber Eats et Deliveroo visés par une plainte inédite à Paris

Quatre associations de livreurs ont saisi le parquet de Paris le 22 avril, dénonçant cadences extrêmes et revenus inférieurs au SMIC.

Traite d'êtres humains : Uber Eats et Deliveroo visés par une plainte inédite à Paris
Illustration Julie Renault / info.fr

Une plainte pour traite d'êtres humains a été déposée contre Uber Eats et Deliveroo le 22 avril 2026 auprès du parquet de Paris. Quatre associations accusent les plateformes d'exploiter une main-d'œuvre précaire et majoritairement immigrée. Une première en France dans ce secteur.

C’est une démarche judiciaire inédite en France. Le 22 avril 2026, quatre associations - la Maison des Livreurs (Bordeaux), la Maison des Coursiers (Paris), AMAL et Ciel - ont déposé une plainte pénale pour traite d’êtres humains contre Uber Eats et Deliveroo auprès du parquet de Paris, selon Le Monde.

63 heures par semaine pour moins que le SMIC

Les associations documentent des conditions de travail précises. Selon franceinfo, les livreurs concernés travaillent jusqu’à 63 heures par semaine, six à sept jours sur sept, pour des revenus mensuels d’environ 1 480 euros brut - en deçà du SMIC. La quasi-totalité de cette main-d’œuvre est immigrée (98 %), dont 68 % en situation irrégulière, selon Le Figaro.

Me Thibault Laforcade, avocat des associations, résume la situation au Parisien : « Le modèle économique repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie. » Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur à la Maison des Livreurs à Bordeaux, va dans le même sens : « Les plateformes font des bénéfices très importants en exploitant la vulnérabilité de ces travailleurs. »

Une enquête de Médecins du Monde en arrière-plan

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La plainte s’appuie notamment sur une enquête menée par Médecins du Monde en 2025 auprès de plus de 1 000 livreurs à Paris et Bordeaux. Résultat : 60 % déclarent avoir subi des agressions verbales, 25 % des agressions physiques. Des chiffres qui illustrent, selon les associations, une vulnérabilité systémique liée au statut d’indépendant imposé par les plateformes. Ce débat sur l’impact économique des modèles d’entreprise sur les travailleurs précaires dépasse d’ailleurs largement le seul secteur de la livraison.

Ce n’est pas la première fois que le modèle d’Uber est contesté en justice. En 2024, l’Urssaf avait réclamé 1,7 milliard d’euros à Uber pour cotisations sociales non payées sur ses chauffeurs VTC et livreurs, selon Le Club des Juristes - un précédent qui illustre la fragilité juridique du statut d’autoentrepreneur tel qu’appliqué par ces plateformes.

Entre 70 000 et 100 000 livreurs concernés en France

L’enjeu est massif. Entre 70 000 et 100 000 livreurs sont actifs sur ces plateformes en France, un chiffre qui a été multiplié par trois depuis 2020, selon des données relayées par plusieurs médias. À Paris, les rues du centre et des quartiers résidentiels concentrent une part importante de cette activité, souvent invisible depuis un écran de smartphone. La question des travailleurs précaires en Île-de-France mobilise d’ailleurs aussi les collectivités locales.

Les associations ne s’arrêtent pas à la plainte pénale. Elles menacent Uber Eats d’une action de groupe au civil pour discriminations si la plateforme ne répond pas de manière satisfaisante dans les 30 jours. Une condamnation sur ce terrain créerait un précédent légal inédit pour l’indemnisation des livreurs, selon RFI.

Ni Uber Eats ni Deliveroo n’ont répondu publiquement aux accusations à ce stade. Le parquet de Paris n’a pas précisé les suites qu’il entendait donner à la plainte. Des affaires récentes montrent que les juridictions françaises traitent avec une attention croissante les dossiers portant sur des atteintes aux droits fondamentaux des individus.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Basée à Paris, elle traite la mairie, les tensions sur le logement, les transports et les débats sur la piétonnisation. Diplômée du CFJ, elle a travaillé en agence avant de s'ancrer à Paris. Ligne de travail : interroger les élus, les associations de riverains, les syndicats de transports, vérifier les budgets municipaux avant de publier.

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