Poutine exige le retrait ukrainien de 18,6% du territoire : « Nous les chasserons »

Depuis Bichkek, le président russe durcit le ton et revendique des avancées rapides dans la région de Zaporijjia

Poutine exige le retrait ukrainien de 18,6% du territoire : « Nous les chasserons »
Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse officielle à Bichkek Pierre Monteil / INFO.FR

À Bichkek, capitale du Kirghizstan, Vladimir Poutine a posé ses conditions pour un cessez-le-feu : le retrait complet des forces ukrainiennes des quatre régions annexées par Moscou en septembre 2022. « Si elles ne partent pas, nous les chasserons par la force militaire », a martelé le président russe lors d'une conférence de presse ce jeudi 27 novembre 2025, affirmant que ses troupes progressent rapidement dans le nord de Zaporijjia. Cette déclaration intervient alors que les combats s'intensifient sur plusieurs fronts.

L'essentiel

  • Vladimir Poutine exige le retrait complet des forces ukrainiennes des quatre régions annexées en septembre 2022 (Donetsk, Louhansk, Zaporijjia, Kherson), représentant 18,6% du territoire ukrainien
  • Le président russe menace de chasser les troupes ukrainiennes « par la force militaire » si elles ne se retirent pas volontairement des territoires revendiqués par Moscou
  • La Russie affirme que ses forces progressent rapidement dans le nord de la région stratégique de Zaporijjia, zone clé reliant la Crimée au Donbass
  • Cette déclaration depuis Bichkek, capitale du Kirghizstan, intervient dans un contexte de combats intenses et ferme la porte à tout compromis territorial à court terme
  • L'ultimatum russe laisse présager une intensification des combats avec des conséquences humanitaires potentiellement catastrophiques pour les populations civiles des zones contestées

La diplomatie russe a cédé la place aux ultimatums. Lors d’une conférence de presse organisée à Bichkek, capitale du Kirghizstan, Vladimir Poutine a fixé ses conditions pour mettre fin aux hostilités en Ukraine : un retrait total des forces de Kiev des territoires que Moscou revendique depuis l’annexion controversée de septembre 2022. « Les combats prendront fin lorsque les troupes ukrainiennes se retireront des territoires revendiqués par la Russie », a déclaré le président russe, ajoutant sans détour : « Si elles ne partent pas, nous les chasserons par la force militaire. » Une rhétorique martiale qui contraste avec les récentes tentatives de médiation internationale.

Une offensive revendiquée dans le nord de Zaporijjia

Vladimir Poutine a profité de cette tribune pour affirmer que « les forces armées russes progressent rapidement dans le nord de la région de Zaporijjia », une zone stratégique qui fait le lien entre la Crimée annexée en 2014 et les territoires contrôlés par Moscou dans le Donbass. Cette déclaration intervient dans un contexte où les lignes de front évoluent constamment, les deux camps revendiquant régulièrement des gains territoriaux. Les observateurs militaires notent toutefois que la région de Zaporijjia demeure l’un des points les plus disputés du conflit, avec des implications cruciales pour le contrôle du sud de l’Ukraine.

Les quatre régions revendiquées par la Russie – Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson – représentent environ 18,6% du territoire ukrainien reconnu internationalement. Moscou n’en contrôle pourtant qu’une partie, les forces ukrainiennes maintenant des positions dans plusieurs secteurs, notamment dans l’ouest de Zaporijjia et sur la rive occidentale du Dniepr dans la région de Kherson. L’exigence russe d’un retrait complet équivaut donc à demander à Kiev d’abandonner non seulement les territoires actuellement occupés, mais également des zones qu’elle défend encore.

Un parallèle troublant avec d’autres conflits régionaux

Cette posture intransigeante de Moscou rappelle d’autres dynamiques de conflits prolongés dans la région. En Afrique, la guerre civile au Soudan illustre comment les combats urbains peuvent s’enliser. Selon Africa Defense Forum, les Forces armées soudanaises contrôlent aujourd’hui 90% de Bahri dans le nord de Khartoum et 60% du centre de la capitale, après des mois de combats acharnés. Un expert cité par le média affirme que « le compte à rebours de la fin de la guerre a commencé, le champ de bataille est passé à El Fasher », illustrant comment les conflits se cristallisent autour de points stratégiques.

L’International Crisis Group, dans son analyse du conflit soudanais, note que les médiateurs internationaux « devraient faire pression sur Burhan, Hemeti et les tierces parties pour mettre fin à la guerre, même si cette possibilité dépend probablement d’un rapprochement entre le chef de l’armée et les EAU, sponsors principaux des RSF ». Cette observation souligne le rôle déterminant des puissances régionales dans la résolution – ou la prolongation – des conflits armés, un facteur également crucial dans le cas ukrainien où l’OTAN et les alliés occidentaux soutiennent Kiev.

Des implications humanitaires catastrophiques

Au-delà des considérations stratégiques, l’ultimatum de Poutine laisse présager une intensification des combats si les forces ukrainiennes refusent de se retirer, ce qui semble inévitable. Les conséquences humanitaires d’une telle escalade seraient dévastatrices pour les populations civiles encore présentes dans ces zones contestées. Le conflit soudanais, toujours selon Africa Defense Forum, a déjà provoqué le déplacement de 4 millions de personnes à l’intérieur du pays et contraint 3 millions d’autres, pour la plupart des femmes et des enfants, à fuir vers les pays voisins.

En Ukraine, les régions de Zaporijjia, Donetsk, Louhansk et Kherson ont déjà vu des centaines de milliers de civils fuir les combats depuis février 2022. Une offensive russe majeure pour « chasser » les forces ukrainiennes, comme l’a menacé Poutine, pourrait déclencher une nouvelle vague de déplacements massifs et aggraver une crise humanitaire déjà critique. Les infrastructures civiles dans ces régions ont été largement détruites, et l’hiver approchant rend la situation encore plus précaire pour les populations restées sur place.

Une position de négociation ou une ligne rouge ?

Les analystes s’interrogent sur la nature réelle de cette déclaration : s’agit-il d’une position de négociation maximaliste destinée à être tempérée lors d’éventuels pourparlers, ou d’une ligne rouge non négociable ? Le choix de Bichkek comme tribune n’est pas anodin. Le Kirghizstan, membre de l’Organisation du traité de sécurité collective dominée par Moscou, offre un cadre diplomatique favorable au président russe pour projeter une image de force auprès de ses alliés régionaux.

La communauté internationale reste divisée sur la réponse à apporter. Alors que les pays occidentaux continuent de fournir une aide militaire substantielle à l’Ukraine, certaines voix appellent à une solution diplomatique, même si les positions des belligérants semblent inconciliables. Kiev a toujours affirmé que la restauration de son intégrité territoriale dans les frontières de 1991, incluant la Crimée, était non négociable. L’ultimatum de Poutine creuse encore davantage le fossé entre les deux capitales.

Les prochaines semaines seront décisives

L’annonce de Poutine intervient à un moment charnière du conflit. Avec l’arrivée de l’hiver, les conditions météorologiques vont compliquer les opérations militaires des deux côtés, même si les technologies modernes permettent de maintenir une certaine intensité des combats. La question demeure : Moscou dispose-t-elle réellement des moyens de « chasser » les forces ukrainiennes de territoires qu’elles défendent depuis près de trois ans, souvent au prix de pertes considérables ?

Les capacités militaires russes ont été mises à l’épreuve par ce conflit prolongé, tandis que l’Ukraine a bénéficié d’un flux constant d’armements occidentaux et a développé une expertise tactique considérable. L’issue de cette confrontation dépendra autant de la volonté politique que des réalités du terrain. Une chose est certaine : l’ultimatum de Poutine ferme, pour l’instant, la porte à toute perspective de compromis territorial. Reste à savoir si cette intransigeance affichée survivra à l’épreuve des faits militaires et de la pression diplomatique internationale. Les prochaines semaines diront si cette déclaration marque un tournant vers une escalade majeure ou n’était qu’une posture destinée à la galerie de Bichkek.

Sources

  • Africa Defense Forum (4 mars 2025)
  • International Crisis Group (mars 2025)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.