Aide à mourir : l’Assemblée adopte, le Conseil constitutionnel saisi
Les députés ont définitivement voté la loi ce 15 juillet par 291 voix contre 241. Le Premier ministre et le Sénat saisissent les Sages sur trois points sensibles du texte.
L'Assemblée nationale a définitivement adopté ce mercredi 15 juillet 2026 la proposition de loi instaurant un droit à l'aide à mourir en France, par 291 voix contre 241. Sébastien Lecornu a immédiatement saisi le Conseil constitutionnel sur trois aspects du texte, tandis que Gérard Larcher prépare un recours parallèle.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- L'Assemblée nationale a adopté la loi sur l'aide à mourir ce 15 juillet 2026 par 291 voix contre 241, après le rejet du Sénat le 7 juillet par 169 voix contre 164.
- Le Premier ministre Sébastien Lecornu a saisi le Conseil constitutionnel sur trois points le délai de réflexion de deux jours, le consentement des majeurs protégés, et la clause de conscience des soignants.
- Le parcours législatif a duré plus de deux ans, depuis avril 2024, sous trois Premiers ministres successifs Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu.
- Le président du Sénat, Gérard Larcher, prévoit également de saisir le Conseil constitutionnel sur ce texte.
- Le Conseil constitutionnel dispose d'un mois pour rendre sa décision avant la promulgation de la loi.
Ce mercredi 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale a tranché. Par 291 voix contre 241, les députés ont définitivement adopté la proposition de loi instaurant un droit à l’aide à mourir en France. Un vote historique qui clôt un parcours parlementaire de plus de deux ans, marqué par des débats intenses et trois Premiers ministres successifs.
Le texte avait été rejeté par le Sénat le 7 juillet dernier, par 169 voix contre 164. Face à ce désaccord persistant entre les deux chambres, le gouvernement a donné le dernier mot à l’Assemblée nationale, comme le permet la Constitution.
Saisine immédiate du Conseil constitutionnel
Quelques heures après le vote, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé sa décision de saisir le Conseil constitutionnel. Selon LCP, ce recours ne vise pas à bloquer la réforme, mais à sécuriser juridiquement trois points sensibles du texte avant sa promulgation.
Premier point contesté : le délai de réflexion d’au moins deux jours imposé au patient entre sa demande initiale et sa confirmation. Selon Public Sénat, Matignon s’interroge sur la conformité de ce délai minimal avec le principe de liberté individuelle, craignant qu’il ne constitue une entrave disproportionnée au droit du malade.
Deuxième questionnement : la capacité de consentement des majeurs protégés. Le recours gouvernemental porte sur le rôle exact des représentants légaux dans le processus de demande d’aide à mourir, selon Gènéthique. Le texte prévoit que ces personnes sous tutelle ou curatelle peuvent accéder au dispositif, mais les modalités précises de leur consentement soulèvent des interrogations constitutionnelles.
Troisième point litigieux : l’articulation entre la clause de conscience des soignants et les règles internes des établissements de santé. Certains hôpitaux ou cliniques pourraient refuser que cette pratique soit exercée dans leurs murs. Le gouvernement demande aux Sages de clarifier comment cette exclusion s’articule avec le droit individuel du médecin à invoquer sa clause de conscience, rapporte LCP.
Le Sénat prépare son propre recours
Le président du Sénat, Gérard Larcher, s’est engagé à saisir lui aussi le Conseil constitutionnel sur ce même texte, selon LCP. Cette double saisine - gouvernementale et parlementaire - n’est pas rare sur les réformes sociétales. Elle permettra aux Sages d’examiner l’ensemble des griefs constitutionnels soulevés par les opposants au texte.
Le Sénat avait clairement exprimé ses réserves lors du rejet du 7 juillet. Au-delà des questions juridiques, de nombreux sénateurs avaient dénoncé un texte jugé insuffisamment protecteur des personnes vulnérables et trop large dans ses critères d’accès.
Un parcours législatif de plus de deux ans
Le chemin parlementaire de cette réforme sociétale a débuté en avril 2024, sous le gouvernement de Michel Barnier, avec l’installation d’une commission spéciale de 71 députés chargée d’examiner le texte. Le projet a ensuite traversé deux autres gouvernements : celui de François Bayrou, puis celui de Sébastien Lecornu, selon Orange Actu.
Cette longévité législative reflète la complexité du sujet et les divisions profondes qu’il suscite, y compris au sein des groupes parlementaires. Le président Emmanuel Macron s’était engagé dès 2022 à faciliter l’instauration d’un droit à l’aide à mourir, répondant à une demande croissante de la société française sur la fin de vie.
Entre la première commission spéciale et le vote définitif de ce 15 juillet, les débats ont mobilisé des centaines d’heures de séances publiques et d’auditions d’experts - médecins, juristes, philosophes, associations de patients. Le texte a été amendé à de nombreuses reprises, témoignant de la volonté du législateur d’encadrer strictement cette pratique.
Contexte national d’une réforme attendue
La France rejoint ainsi plusieurs pays européens ayant légalisé l’aide à mourir sous conditions strictes : la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Espagne et la Suisse. Selon Vie publique, le texte français se distingue par un encadrement médical renforcé et des critères d’accès centrés sur les pathologies graves et incurables provoquant des souffrances réfractaires.
Les sondages d’opinion montrent depuis plusieurs années un soutien majoritaire des Français à l’instauration d’un tel droit, tout en révélant des inquiétudes persistantes sur les garde-fous et la protection des plus fragiles. Le débat public a opposé deux conceptions de la dignité : celle de mourir dans les conditions choisies, et celle de préserver la vie jusqu’à son terme naturel.
Les associations de patients en fin de vie et les organisations de défense des droits des malades ont salué le vote de ce 15 juillet, y voyant une avancée majeure dans la reconnaissance de l’autonomie des personnes. À l’inverse, plusieurs ordres professionnels de santé et associations familiales ont exprimé leurs réserves sur les risques de dérives et la pression sociale potentielle sur les personnes âgées ou handicapées.
Prochaines étapes : délibéré du Conseil constitutionnel
Le Conseil constitutionnel dispose désormais d’un mois pour rendre sa décision sur les points soulevés par le gouvernement et le Sénat. Si les Sages valident l’intégralité du texte, la loi pourra être promulguée immédiatement. En revanche, si certains articles sont jugés non conformes à la Constitution, le Parlement devra les récrire ou les supprimer avant promulgation.
Dans l’attente du délibéré, le gouvernement a annoncé qu’il lancerait parallèlement les travaux réglementaires pour préciser les modalités d’application de la future loi : formation des soignants, procédures administratives, financement des structures dédiées. La mise en œuvre effective du dispositif pourrait prendre plusieurs mois après la validation constitutionnelle.
