Béziers : les avocats manifestent contre la réforme SURE et la vidéo fictive du ministère
Une trentaine de robes noires rassemblées devant le palais de justice le 2 juin, dans le sillage de mobilisations nationales.
Le 2 juin 2026, environ trente avocats du barreau de Béziers ont manifesté devant le palais de justice contre le projet de loi SURE et une vidéo promotionnelle du ministère de la Justice. Le bâtonnier Me Sylvie Bar a pris la parole pour dénoncer la procédure de plaider-coupable criminel. Des rassemblements similaires ont eu lieu le même jour à Reims et dans d'autres villes.
L’essentiel
- 30 avocats : environ une trentaine de membres du barreau de Béziers rassemblés le 2 juin 2026 devant le palais de justice, selon Midi Libre.
- Projet de loi SURE : adopté au Sénat le 14 avril 2026 (219 voix contre 111), examen à l’Assemblée nationale prévu fin juin 2026.
- Mobilisation nationale : rassemblements simultanés à Reims (une cinquantaine d’avocats) et dans plusieurs autres villes le même jour.
- Vidéo ministérielle : le ministère de la Justice a diffusé le 2 juin une vidéo d’audience fictive pour promouvoir la réforme, déclenchant directement la réaction des barreaux.
- Barreau de Béziers : environ 170 à 174 avocats inscrits, mobilisations récurrentes depuis avril 2026.
Une trentaine de robes noires devant le palais de justice
Mardi 2 juin, en milieu de matinée, une trentaine d’avocats du barreau de Béziers se sont rassemblés devant l’entrée du palais de justice de la ville. Pancartes en main, ils ont dénoncé à la fois le projet de loi SURE - porté par le ministre de la Justice Gérald Darmanin - et une campagne de communication du ministère diffusée le même jour. Selon Midi Libre, les slogans « Notre justice mérite mieux qu’une mauvaise fiction » et « Justice expédiée, justice sacrifiée » figuraient parmi les messages affichés.
Ce n’est pas la première mobilisation du barreau biterrois. Des actions similaires ont déjà eu lieu depuis avril 2026, dont une journée « justice morte » le 13 avril, selon les données de la Conférence des bâtonniers.
La vidéo du ministère, élément déclencheur
Le 2 juin 2026, le ministère de la Justice a mis en ligne une vidéo mettant en scène une audience fictive de jugement des crimes reconnus (PJCR), destinée à expliquer et promouvoir la réforme. Cette initiative a provoqué une réaction immédiate dans plusieurs barreaux. Les avocats biterrois y ont vu une mise en scène trompeuse d’une procédure qu’ils jugent incompatible avec la gravité des faits criminels.
La procédure PJCR - équivalent criminel du « plaider-coupable » - est au cœur du projet SURE (Sanction Utile, Rapide et Effective). Elle permettrait à un prévenu reconnaissant les faits d’éviter le procès traditionnel en cour d’assises. Les avocats estiment qu’une telle procédure ne peut s’appliquer à des crimes, au regard de leur gravité.
Le bâtonnier Bar : « Incompatible avec la gravité des faits »
Le bâtonnier du barreau de Béziers, Me Sylvie Bar (mandat 2026-2027), a pris la parole lors du rassemblement. Elle a dénoncé la PJCR comme « incompatible avec la gravité des faits », selon Midi Libre. Elle a toutefois reconnu une avancée : l’exclusion des viols du champ d’application de la procédure, obtenue selon elle grâce aux mobilisations des barreaux. En mai 2026, Gérald Darmanin avait proposé de restreindre le dispositif, excluant les crimes sexuels et ceux relevant de la cour d’assises, pour le limiter aux violences ayant entraîné la mort et aux vols à main armée, selon le site Décideurs juridiques.
Me Bar et ses confrères réclament malgré tout le retrait intégral du texte. La restriction de périmètre ne suffit pas à les convaincre.
Contexte dans l’Hérault
Le barreau de Béziers compte entre 170 et 174 avocats inscrits, selon la Conférence des bâtonniers. C’est l’un des barreaux actifs du département, aux côtés de celui de Montpellier, siège de la cour d’appel. La mobilisation biterroise s’inscrit dans un mouvement plus large : le 2 juin, une cinquantaine d’avocats se rassemblaient simultanément à Reims, et d’autres actions ont eu lieu dans plusieurs villes de France, d’après France 3 Régions. Le 13 avril, des centaines d’avocats s’étaient déjà mobilisés à Paris contre le même texte, selon Le Monde.
Le projet de loi SURE a été présenté en Conseil des ministres le 18 mars 2026, déposé au Sénat le même jour, puis adopté en première lecture le 14 avril 2026 par 219 voix contre 111 et 13 abstentions, selon le site vie-publique.fr et le dossier législatif du Sénat. L’argument avancé par le gouvernement est le désengorgement des juridictions, face à un stock estimé à environ 6 000 dossiers criminels en attente. Ces chiffres n’ont pas été contestés publiquement par les représentants des barreaux.
Des mobilisations similaires sur des réformes judiciaires ont déjà traversé l’Hérault ces dernières années. La question du traitement pénal des affaires complexes reste un point de friction récurrent entre profession et exécutif. La réorganisation des moyens de sécurité au niveau national alimente également les débats sur la chaîne pénale dans son ensemble.
Prochaine étape : l’Assemblée nationale fin juin
Le texte doit être examiné à l’Assemblée nationale d’ici fin juin 2026, selon les données de vie-publique.fr. Les barreaux annoncent maintenir leur opposition jusqu’au vote. Aucun calendrier de nouvelles actions locales n’avait été communiqué à la date du 2 juin.
Sources
- Midi Libre : "Notre justice mérite mieux qu'une mauvaise fiction" : nouvelle manifestation des avocats de Béziers
- France 3 Régions : "Justice expéditive" : des avocats dénoncent encore une réforme controversée du pénal
- Vie-publique.fr : Projet de loi justice criminelle et respect des victimes
- Sénat français : Dossier législatif SURE – Sénat