Évreux : le procureur Coutin assure « on fait au mieux » face aux violences sexuelles sur mineurs
Rémi Coutin, procureur d'Évreux, a détaillé le 9 juin la gestion des 2 000 procédures locales en cours, après l'affaire Lyhanna
Interviewé le 9 juin 2026 sur ICI Normandie, le procureur de la République d'Évreux Rémi Coutin a défendu le travail de ses 14 magistrats face aux violences sexuelles sur mineurs. Il estime à environ 2 000 le nombre de procédures en cours au parquet, et a demandé un état des lieux précis à la gendarmerie et à la police de l'Eure pour le 15 juin.
L’essentiel
- 9 juin 2026 : Rémi Coutin, procureur de la République d’Évreux, s’exprime sur ICI Normandie au sujet des violences sexuelles sur mineurs, dans le contexte de l’affaire Lyhanna.
- ~2 000 procédures : estimation « à la louche » du parquet d’Évreux concernant les infractions sexuelles contre des mineurs, selon Coutin lui-même.
- 14 magistrats au parquet d’Évreux, dont une section mineurs/familles de 4 magistrats.
- 5 juin 2026 : Coutin a demandé un état des lieux précis à la gendarmerie et à la police de l’Eure, attendu pour le 15 juin.
- ~70 000 plaintes impliquant des mineurs à réexaminer au niveau national d’ici au 14 juillet 2026, selon la directive du garde des Sceaux Gérald Darmanin.
« On fait au mieux » : la mise au point du procureur
Le 9 juin 2026, Rémi Coutin, procureur de la République du tribunal judiciaire d’Évreux depuis août 2022, était l’invité de l’émission matinale d’ICI Normandie. Son message : les magistrats de l’Eure « essaient de faire au mieux » face aux dossiers de violences sexuelles sur mineurs, malgré une charge considérable.
Coutin évalue à environ 2 000 le nombre de procédures en cours sur ces infractions au seul parquet d’Évreux. Il précise lui-même que ce chiffre est donné « à la louche », en attendant un recensement rigoureux. Ce travail de fond, il l’a commandé dès le 5 juin au colonel de la gendarmerie de l’Eure et au directeur départemental de la police nationale. Les résultats sont attendus pour le 15 juin 2026.
L’affaire Lyhanna, déclencheur national
La démarche du procureur s’inscrit dans une onde de choc judiciaire et politique. Lyhanna, collégienne de 11 ans, a disparu le 29 mai 2026 à Fleurance, dans le Gers. Son corps a été retrouvé le 4 juin. Le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures - dont certaines classées sans suite - entre 2020 et 2025, selon Le Parisien.
La révélation de ces procédures antérieures non traitées en urgence a déclenché une mobilisation dans toute la France. À Évreux, près de 200 personnes se sont rassemblées devant le tribunal en hommage à Lyhanna, signe de l’émotion locale.
Le 8 juin, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a réuni les procureurs généraux et lancé une directive nationale : réexaminer environ 70 000 plaintes impliquant des enfants d’ici au 14 juillet 2026. C’est dans ce cadre que Coutin a anticipé la demande, dès le 5 juin.
Des magistrats « très affectés » et une communication ministérielle critiquée
Coutin ne cache pas l’état d’esprit de ses équipes. Selon franceinfo, qui le cite directement, « beaucoup de magistrats sont partagés entre l’incompréhension, la colère et l’écœurement ». Le procureur ébroïcien dit ses collègues « très affectés » et appelle à la retenue dans les commentaires publics.
Il formule une critique explicite envers les ministres de la Justice et de l’Intérieur, qui ont tous deux pris la parole sur l’affaire Lyhanna avant que l’enquête administrative ne soit bouclée. Coutin parle d’une « erreur de communication ». Les conclusions de l’inspection administrative sont attendues dans une quinzaine de jours, selon ICI Normandie.
Le problème structurel des effectifs
Derrière la réaction à l’affaire Lyhanna, Coutin pointe un déficit chronique. La France compte environ 3 magistrats du parquet pour 100 000 habitants, contre une moyenne européenne de 12,2, rappelle-t-il. Les moyens ont progressé depuis 2017, reconnaît-il, mais restent insuffisants pour traiter toutes les procédures dans des délais satisfaisants.
Au parquet d’Évreux, 14 magistrats gèrent l’ensemble des contentieux. Une section de 4 magistrats est dédiée aux mineurs, à la famille et au parquet civil. Avec 2 000 procédures estimées sur les seules infractions sexuelles contre des mineurs, la charge par magistrat est considérable - même si ce chiffre reste à affiner au 15 juin.
Pour les dossiers les plus graves impliquant la protection de l’enfance, la question des ressources institutionnelles dédiées aux victimes se pose aussi ailleurs en Normandie et dans les régions voisines, comme en témoigne la situation du CIDFF de Beauvais dans l’Oise.
Contexte dans l’Eure
Le tribunal judiciaire d’Évreux couvre l’ensemble du département de l’Eure (27), soit environ 600 000 habitants. Rémi Coutin y est en poste depuis août 2022, succédant à Dominique Puechmaille, selon le Conseil supérieur de la magistrature. À son arrivée, il avait lui-même qualifié le poste de « challenge », selon actu.fr.
Le département, à dominante rurale avec des pôles urbains à Évreux et Vernon, ne dispose pas d’un tribunal de grande instance décentralisé : toutes les procédures pénales sensibles remontent au parquet ébroïcien. Cette concentration accentue mécaniquement la pression sur les effectifs.
La mobilisation locale autour de l’affaire Lyhanna dépasse le cadre judiciaire. La ville d’Évreux est par ailleurs en pleine Quinzaine de l’emploi public, avec des recrutements ouverts dans la fonction publique territoriale - le secteur judiciaire étant, lui, soumis aux seules décisions de la chancellerie.
Prochaine étape : l’état des lieux du 15 juin
Le 15 juin 2026, Rémi Coutin recevra les données consolidées de la gendarmerie et de la police sur les procédures en cours liées aux infractions sexuelles contre des mineurs dans l’Eure. Ce recensement précisera le chiffre de 2 000 avancé provisoirement. Les conclusions de l’enquête administrative nationale sur le traitement des plaintes visant Jérôme Barella sont attendues dans les jours suivants.
Sources
- ICI Normandie (Radio France) : Affaire Lyhanna : « On fait au mieux » pour traiter les violences sexuelles sur mineurs, assure le procureur d'Évreux
- franceinfo : Affaire Lyhanna : « Beaucoup de magistrats sont partagés entre l'incompréhension, la colère et l'écœurement »
- Le Parisien : Six plaintes, deux signalements et une sanction disciplinaire : ces différentes procédures qui visent Jérôme Barella
- Wikipédia : Affaire Lyhanna