Guyane : six associations attaquent l’État pour inaction face à l’orpaillage illégal

Le tribunal administratif de Cayenne a examiné le 23 avril un recours collectif dénonçant trente ans de pollution au mercure sur le Maroni.

Guyane : six associations attaquent l'État pour inaction face à l'orpaillage illégal
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

Six associations et deux habitants du Haut-Maroni ont porté leur combat devant la justice. Ils accusent l'État de carence fautive face à l'orpaillage clandestin qui ravage le fleuve Maroni depuis plus de trois décennies. La décision est attendue le 21 mai 2026.

Le tribunal administratif de Cayenne a tenu audience le 23 avril 2026. Au banc des demandeurs : six associations - Wild Legal, Maiouri Nature Guyane, Association des victimes du mercure Haut-Maroni, Solidarité Guyane, Coordination des organisations des peuples autochtones et Jeunesse autochtone - ainsi que deux habitants du Haut-Maroni. Ensemble, ils attaquent l’État pour carences fautives dans la lutte contre l’orpaillage illégal, selon France Guyane et La1ère.

Trente ans de mercure dans le Maroni

Le recours s’appuie sur un bilan environnemental lourd. Depuis plus de trente ans, l’orpaillage clandestin - pratiqué principalement par des garimpeiros brésiliens et surinamiens - empoisonne le fleuve Maroni. Selon le WWF, environ 28 000 hectares de forêt ont été détruits entre 2001 et 2015, et 5 840 kilomètres de cours d’eau ont été altérés. L’activité produit environ dix tonnes d’or par an, au prix de treize tonnes de mercure utilisées, selon Wild Legal. Les concentrations relevées dans les cheveux de certains habitants du Haut-Maroni atteignent 12 μg/g, un seuil qui dépasse les normes de l’OMS. Près de 80 % des sites illégaux se concentrent dans cette zone, peuplée notamment par les communautés wayana.

Les associations demandent la reconnaissance d’un préjudice écologique, du droit à un environnement sain, et une innovation juridique inédite en France : la qualification du fleuve Maroni comme sujet de droit, sur le modèle de précédents en Colombie et en Nouvelle-Zélande, selon La1ère. Cette dimension sanitaire et sociale s’inscrit dans un contexte de violences récurrentes en Guyane qui fragilisent davantage les communautés isolées du territoire.

La mission Harpie insuffisante selon les plaignants

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L’État n’est pas resté inactif. La mission Harpie, lancée en 2008, a permis de réduire le nombre de sites illégaux de 600 avant 2010 à environ 300 aujourd’hui, selon la gendarmerie nationale. Mais pour les associations, c’est insuffisant. Le recours pointe une persistance du phénomène malgré ces opérations, alimentée par des réseaux logistiques transfrontaliers.

Un recours similaire avait déjà été déposé en janvier 2024, après le rejet d’un recours gracieux en octobre 2023, marquant une escalade progressive des actions judiciaires, selon Karibinfo. Ce suivi dans la durée nourrit également d’autres initiatives locales : des jeunes Guyanais s’engagent aussi via des dispositifs d’insertion pour peser sur l’avenir du territoire.

Un premier avis juridique défavorable

Le rapporteur public du tribunal a proposé de rejeter le recours lors de l’audience, selon La1ère. Il reconnaît toutefois une faute de l’État en 2020 pour moyens insuffisants, mais estime que les conditions d’une carence fautive globale ne sont pas réunies.

Les associations n’ont pas encore réagi publiquement à cet avis. La desserte des communes isolées du Haut-Maroni comme Maripasoula illustre la difficulté structurelle de l’État à agir sur ce territoire vaste et enclavé.

Prochaine étape : la décision du tribunal administratif de Cayenne est attendue pour le 21 mai 2026, selon Outremers360.

Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Correspondante à Cayenne, elle suit les tensions sur l'orpaillage illégal, les débats sur le spatial, les projets routiers et les restructurations hospitalières. Issue de Sciences Po Aix, elle a grandi en Guyane. Ligne de travail : interroger les gendarmes, les élus, les associations environnementales, croiser les rapports du BRGM avant de publier.

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