Iran ferme le détroit d’Hormuz après une nuit de frappes avec les USA
Téhéran a annoncé la fermeture du détroit aux navires non autorisés après des frappes américaines sur 140 cibles et une riposte visant plusieurs bases US au Moyen-Orient
L'Iran a annoncé dans la nuit du 11 au 12 juillet 2026 la fermeture du détroit d'Hormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, après des frappes américaines massives et une riposte des Gardiens de la révolution contre des bases US au Qatar, en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn.
L’essentiel
- Fermeture annoncée : l’Iran a annoncé, ce samedi 20 juin 2026, la fermeture du détroit d’Ormuz au trafic maritime, invoquant des violations présumées de l’accord, et les Gardiens de la Révolution ont annoncé dimanche la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » du détroit d’Ormuz
- 140 cibles frappées : le Commandement central américain (CENTCOM) a mené des frappes contre environ 140 cibles militaires iraniennes le 12 juillet
- Quatre bases visées en riposte : les Gardiens de la révolution disent avoir visé des infrastructures sur des bases américaines au Koweït et à Bahreïn
- Cessez-le-feu rompu : Donald Trump a déclaré la fin de la trêve de 60 jours négociée en juin, selon The Straits Times
- Avertissement iranien : le négociateur Mohammad Baqer Qalibaf a jugé « terminée » l’ère des accords unilatéraux, selon The Straits Times
Ce qui s’est passé dans le détroit d’Hormuz
Tout est parti de l’interception d’un porte-conteneurs sous pavillon chypriote, arraisonné par les Gardiens de la révolution alors qu’il naviguait, selon le Commandement central américain (CENTCOM), sur une route jugée non autorisée. Dans la foulée, la marine des Gardiens de la révolution a annoncé la fermeture du détroit d’Hormuz aux navires non autorisés, une décision confirmée par Reuters et reprise par plusieurs agences de la région dans la nuit du 11 au 12 juillet 2026.
Le porte-parole iranien a justifié cette mesure en invoquant le point 5 d’un mémorandum d’entente (MoU) portant sur le passage sécurisé des navires commerciaux, sans que Téhéran ne précise à ce stade la durée exacte de cette fermeture. Sur X, l’agence iranienne Tasnim a résumé la position officielle :
Le détroit d’Hormuz, large d’une trentaine de kilomètres à son point le plus étroit, reste le passage par lequel transite une part majeure du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde. Sa fermeture, même partielle ou temporaire, a un effet immédiat sur les compagnies maritimes, qui doivent réévaluer leurs itinéraires et leurs assurances.
Des frappes américaines sur 140 cibles, puis la riposte iranienne
Selon le CENTCOM, les forces américaines ont frappé le 11 juillet 140 cibles militaires en Iran, dans une opération présentée comme une réponse aux tensions dans le détroit. L’objectif affiché : dégrader la capacité de l’Iran à menacer la navigation commerciale dans la zone.
La réplique iranienne n’a pas tardé. Les Gardiens de la révolution ont lancé une vague de missiles balistiques et de drones contre plusieurs installations militaires américaines dans la région, selon l’agence Anadolu. Parmi les cibles annoncées : la base jordanienne de Prince Hassan, où l’IRGC affirme avoir détruit des hangars de drones MQ-9 ainsi qu’un centre de commandement, selon la chaîne chinoise CGTN. La base qatarie d’Al Udeid, quartier général avancé du CENTCOM dans la région, a également été visée par des missiles balistiques, selon l’agence iranienne Tasnim News. Des installations au Koweït et à Bahreïn ont aussi été prises pour cible.
Le journaliste Aymenn Jawad Al-Tamimi (@AFilan) a résumé la séquence dans un message largement repris :
Face à cette salve, les Émirats arabes unis, le Qatar et Bahreïn ont activé leurs systèmes d’alerte et affirment avoir intercepté plusieurs missiles et drones iraniens, selon l’AFP. Cette dimension régionale marque une bascule : l’escalade ne se limite plus à un face-à-face entre Washington et Téhéran, mais implique désormais directement les monarchies du Golfe, jusque-là en position d’observatrices prudentes.
Washington déclare la fin du cessez-le-feu
Le président américain Donald Trump a annoncé la fin du cessez-le-feu de 60 jours négocié en juin, tout en affirmant que la porte des négociations restait ouverte, selon The Straits Times. Cette annonce met fin, dans les faits, à une trêve fragile qui avait permis de geler l’escalade militaire pendant plusieurs semaines.
Côté iranien, le ton s’est également durci. Le négociateur en chef Mohammad Baqer Qalibaf a averti que « l’ère des accords unilatéraux » était terminée et que les États-Unis devraient « en payer le prix », toujours selon The Straits Times. Une déclaration qui ferme, au moins temporairement, la fenêtre diplomatique ouverte ces derniers mois.
Un chokepoint pétrolier sous tension : ce que ça change vu de France
Pour un lecteur français, l’enjeu se mesure d’abord à la pompe et sur les marchés de l’énergie. Le détroit d’Hormuz est un point de passage obligé pour une part très importante des exportations mondiales de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe. Une fermeture prolongée, même partielle, se traduit historiquement par une hausse des cours du pétrole et, avec un décalage de quelques semaines, par une pression sur les prix à la pompe en Europe.
Cette crise s’inscrit aussi dans un contexte plus large de tensions sur les routes maritimes stratégiques. L’Ukraine a récemment intensifié ses frappes contre des navires russes en mer d’Azov pour isoler la Crimée, tandis que Moscou a restreint ses exportations de diesel jusqu’à fin juillet. Deux dossiers distincts de la crise du détroit d’Hormuz, mais qui illustrent une même fragilisation des routes énergétiques mondiales, dont l’Europe reste largement dépendante.
La zone du Golfe concentre aussi d’autres foyers de tension au Moyen-Orient, comme en témoignent les récentes arrestations de colons en Cisjordanie après une attaque contre CNN. Dans ce paysage régional instable, la diplomatie garde parfois le dernier mot, comme l’a montré la résolution récente de la crise diplomatique entre l’Algérie et le Mali, preuve que des désescalades rapides restent possibles même après des semaines de tension.
Vers une nouvelle escalade ?
À ce stade, ni Washington ni Téhéran n’ont communiqué de calendrier précis pour une reprise des discussions. La fermeture du détroit d’Hormuz n’a pas de date de fin annoncée, et les autorités iraniennes conditionnent sa réouverture à l’arrêt des « interférences » américaines dans la région, sans autre détail communiqué à ce stade.
La situation reste suivie de près par les compagnies maritimes et les marchés pétroliers, dans l’attente d’un geste, diplomatique ou militaire, de l’un des deux camps.