Affaire Lyhanna : plus de 250 procédures d’abus sexuels sur mineurs en cours dans le ressort de Saintes

Le procureur Benjamin Alla dresse un inventaire préoccupant de son ressort, dans le cadre de la revue nationale de 70 000 dossiers ordonnée par le ministre de la Justice.

Affaire Lyhanna : plus de 250 procédures d'abus sexuels sur mineurs en cours dans le ressort de Saintes
Illustration Vincent Bonneau / info.fr

Dans le ressort du tribunal judiciaire de Saintes, 250 à 255 procédures pour viols et agressions sexuelles sur mineurs sont actuellement en cours. Le procureur Benjamin Alla a révélé ce chiffre à ICI La Rochelle, dans le cadre de l'inventaire national déclenché après l'affaire Lyhanna.

L’essentiel

  • 250 à 255 procédures : viols et agressions sexuelles sur mineurs en cours dans les services de police et gendarmerie du ressort du TJ de Saintes, selon le procureur Benjamin Alla.
  • Deadline au 14 juillet 2026 : injonction du ministre de la Justice Gérald Darmanin pour passer en revue 70 000 plaintes nationales impliquant des enfants.
  • 5 magistrats au parquet de Saintes pour traiter l’ensemble des contentieux du ressort, soit environ 288 000 habitants en Charente-Maritime.
  • Affaire Lyhanna : disparition le 29 mai 2026 à Fleurance (Gers), corps découvert le 4 juin 2026 à Puycasquier - déclencheur de la mobilisation nationale.

Un inventaire imposé par Paris

Tout est parti de l’affaire Lyhanna. Le 29 mai 2026, une fillette disparaît à Fleurance, dans le Gers. Son corps est retrouvé le 4 juin à Puycasquier. L’émotion est nationale. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin réunit les procureurs généraux et leur fixe une feuille de route : revoir l’intégralité des quelque 70 000 plaintes impliquant des enfants, dossier par dossier, avant le 14 juillet 2026. Selon Le Monde, des bilans individuels doivent être rendus par chaque cour d’appel.

Dans ce cadre, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Saintes, Benjamin Alla, s’est prêté à une interview accordée à ICI La Rochelle (Radio France). Le résultat de son premier inventaire est sans ambiguïté : entre 250 et 255 procédures pour viols et agressions sexuelles sur mineurs sont actuellement en cours dans les services de police et de gendarmerie de son ressort.

Un parquet de cinq magistrats sous tension

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Le tribunal judiciaire de Saintes est une juridiction de taille moyenne. Son parquet compte cinq magistrats, qui se répartissent l’ensemble des contentieux : stupéfiants, violences intrafamiliales, mineurs auteurs, permanences… La charge est lourde. L’inventaire en cours s’ajoute au flux habituel.

Benjamin Alla pointe plusieurs fragilités structurelles. Il n’existe pas d’unité médico-judiciaire (UMJ) dédiée à Saintes. L’hôpital local fait preuve de proactivité sur la victimologie, mais les examens se font sur rendez-vous, selon les disponibilités - sans circuit dédié et prioritaire pour les victimes mineures.

Autre point de tension : la représentation des mineurs victimes lorsque les parents sont défaillants ou mis en cause. Sur le ressort, une seule administratrice ad hoc est disponible, épaulée par des agents du conseil départemental. Le procureur juge ce dispositif insuffisant au regard du volume de dossiers. Dans des affaires complexes jugées ailleurs en France, ce type de carence procédurale peut peser lourd sur le déroulement des audiences.

Ce que couvre le ressort de Saintes

Le tribunal judiciaire de Saintes n’est pas le seul de Charente-Maritime. Le département dispose également du TJ de La Rochelle, qui couvre un bassin de population plus dense. Le ressort saintais, lui, représente environ 288 000 habitants, selon les données disponibles. Il s’étend sur une partie rurale et périurbaine du département, avec des zones où les services de proximité - police, justice, médical - sont moins concentrés.

Ce contexte territorial pèse directement sur la gestion des dossiers d’infractions sexuelles sur mineurs : délais d’accès aux examens médicaux, éloignement des structures spécialisées, disponibilité des intervenants. Le procureur Alla l’a rappelé à ICI La Rochelle sans détour.

Contexte dans le département

La Charente-Maritime est un département de 660 000 habitants environ, avec deux juridictions pénales distinctes : La Rochelle et Saintes. La justice y subit les mêmes tensions que dans le reste du pays. Sud Ouest relevait déjà que le département parvenait à contenir ses délais, mais au prix d’une organisation tendue.

L’affaire Lyhanna a eu un effet révélateur sur l’ensemble du territoire national. Elle a mis en lumière des situations où des signalements ou des plaintes pour violences sur mineurs n’avaient pas été traités avec la priorité requise. La démarche d’inventaire imposée par Darmanin vise précisément à identifier ces dossiers dormants ou insuffisamment instruits. Pour le ressort de Saintes, les 250 à 255 procédures recensées représentent un volume significatif au regard des effectifs disponibles. Rien n’indique à ce stade combien de ces dossiers sont récents et combien datent de plusieurs mois ou années - cette précision n’a pas été communiquée.

La protection de l’enfance mobilise aussi d’autres acteurs que la justice. Le conseil départemental de Charente-Maritime intervient en amont via ses services de protection de l’enfance, et en aval via les agents désignés comme administrateurs ad hoc - un rôle que le procureur Alla souhaite voir renforcé.

Prochaine étape : le 14 juillet comme horizon

L’inventaire doit être finalisé d’ici le 14 juillet 2026. Les bilans seront remontés par chaque cour d’appel au ministère de la Justice. Pour Saintes, il s’agit de la cour d’appel de Poitiers. Le procureur Alla n’a pas précisé les mesures concrètes qui découleront de cet état des lieux - renforts de personnels, priorisations, orientations vers d’autres juridictions. Ces décisions appartiennent à l’échelon national et à la chancellerie.

La question des moyens - UMJ, administrateurs ad hoc, effectifs du parquet - restera posée au-delà du 14 juillet, quelle que soit l’issue de l’inventaire en cours.

Vincent
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Sources

Vincent Bonneau

Vincent Bonneau

Vincent est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Charente-Maritime (17), avec La Rochelle pour chef-lieu. Spécialité du département : ile de Re/Oleron et capitale ostreicole. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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