Loi Rodwell adoptée : le député yvelinois célèbre 345 voix pour à l’Assemblée
Le texte allonge à 210 jours la rétention des étrangers dangereux, inspiré du meurtre de Philippine dans les Yvelines en 2024.
L'Assemblée nationale a adopté le 5 mai 2026 en première lecture la proposition de loi de Charles Rodwell, député EPR de la 1re circonscription des Yvelines. Le texte porte à 210 jours la durée maximale de rétention administrative pour les étrangers condamnés à au moins trois ans de prison et jugés dangereux. Le vote a réuni 345 voix pour, 177 contre.
L’Assemblée nationale a adopté le 5 mai 2026 en première lecture la proposition de loi de Charles Rodwell, député EPR de la 1re circonscription des Yvelines. Le texte porte à 210 jours la durée maximale de rétention administrative pour les étrangers condamnés à au moins trois ans de prison et jugés dangereux. Le vote a réuni 345 voix pour, 177 contre.
L’essentiel
- Vote : 345 voix pour, 177 contre, le 5 mai 2026 en première lecture à l’Assemblée nationale.
- Durée de rétention : portée de 90 à 210 jours pour les étrangers condamnés à au moins 3 ans de prison et représentant une menace grave pour l’ordre public.
- Texte déposé : proposition de loi n°2180, déposée le 2 décembre 2025 par Charles Rodwell, co-signée par Michel Barnier.
- Prochain examen : Sénat le 20 mai 2026, avec espoir d’adoption définitive avant l’été.
- Contexte : inspiré du meurtre de Philippine Le Noir de Carlan, étudiante de 19 ans originaire de Montigny-le-Bretonneux (Yvelines), le 20 septembre 2024.
Un vote transpartisan du centre au RN
Le résultat est net. Selon 20 Minutes et CNews, 345 députés ont voté pour le texte - du groupe EPR jusqu’au Rassemblement national - contre 177 voix, issues essentiellement des groupes de gauche. Le gouvernement avait apporté son soutien au texte. Charles Rodwell, co-signataire Michel Barnier à ses côtés, a réagi immédiatement sur X :
Sur RMC, le député yvelinois a résumé sa lecture du scrutin :
Sur CNews, il a ajouté : « Ce texte prouve que nous travaillons ensemble. Il serait dommage que nous partions divisés, on est capable de gouverner ensemble. » Le vote solennel de la loi Rodwell avait été annoncé depuis plusieurs jours comme une séquence politique structurante pour la majorité relative.
Ce que change concrètement la loi
Le texte modifie le régime de rétention administrative applicable aux étrangers sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). Jusqu’ici, la durée maximale était fixée à 90 jours, un seuil en vigueur depuis 2018. La proposition de loi n°2180 la porte à 210 jours - soit sept mois - mais sous conditions strictes : l’étranger doit avoir été condamné à au moins trois ans de prison pour des atteintes aux personnes, et représenter une menace grave pour l’ordre public, selon Le Monde.
Le texte couvre également la prévention des risques d’attentat, selon la fiche officielle publiée par l’Assemblée nationale.
Origine yvelinoise : l’affaire Philippine
La genèse du texte est directement liée à un drame survenu dans les Yvelines. Le 20 septembre 2024, Philippine Le Noir de Carlan, 19 ans, originaire de Montigny-le-Bretonneux, a été assassinée dans le bois de Boulogne. L’auteur présumé, Taha Oualidat, ressortissant marocain en situation irrégulière sous OQTF, venait de sortir de rétention administrative, selon Wikipedia et Le Parisien.
Charles Rodwell a indiqué avoir pris un engagement auprès de la famille de la jeune femme, selon France 24. La co-signature de Michel Barnier, alors Premier ministre, avait conféré au texte une dimension gouvernementale dès son dépôt en décembre 2025.
Contexte dans les Yvelines
Le département des Yvelines, avec ses 1,4 million d’habitants, est l’un des plus peuplés d’Île-de-France. La 1re circonscription, dont est issu Charles Rodwell, couvre une partie de l’agglomération versaillaise. Le meurtre de Philippine Le Noir de Carlan avait provoqué une forte mobilisation locale, relayée par les élus du département toutes tendances confondues.
À l’échelle nationale, le contexte législatif s’y prête. En 2025, les éloignements d’étrangers en situation irrégulière ont augmenté de 15,7 % par rapport à 2024, atteignant 24 985, avec une hausse de 21,1 % des éloignements forcés via rétention, selon le ministère de l’Intérieur. La pression sur les centres de rétention administrative (CRA) s’est accrue, rendant la question des durées de maintien en rétention particulièrement sensible.
La coordination entre préfectures et parquets sur les dossiers de sécurité publique s’est également renforcée en région parisienne. À titre d’exemple, la préfecture de Seine-Saint-Denis a récemment mis en place une coordination similaire sur d’autres enjeux d’ordre public.
Un précédent constitutionnel à dépasser
Ce n’est pas la première tentative parlementaire sur ce sujet. Une version antérieure du texte avait été censurée par le Conseil constitutionnel le 7 août 2025, selon le Sénat et Le Monde. Le nouveau texte a été réécrit pour tenir compte de ces réserves constitutionnelles. Les durées de rétention ont évolué par étapes depuis 1993 : 32 jours en 2003, 45 jours en 2011, 90 jours en 2018, selon les données du Sénat.
La question de l’exécution effective des OQTF reste posée. Le Figaro soulignait en avril 2026 que l’allongement de la rétention ne résout pas mécaniquement le taux d’exécution des mesures d’éloignement - un point que les opposants au texte ont mis en avant lors des débats, qualifiés de « tumultueux » par France 24.
Opposition de gauche : le débat n’est pas clos
Les 177 voix contre sont venues principalement des groupes de gauche. Leurs représentants ont contesté à la fois la constitutionnalité du texte - malgré la réécriture post-censure - et son efficacité réelle sur les expulsions. Certains ont qualifié le dispositif d’arbitraire. Le détail des prises de position par groupe n’a pas été précisé dans les sources disponibles à ce stade.
Sur le fond, la gauche francilienne reste globalement sur une ligne d’opposition aux textes sécuritaires issus de la majorité relative, comme en témoignent plusieurs votes départementaux récents.
Prochaine étape : le Sénat le 20 mai
Le texte doit être examiné au Sénat le 20 mai 2026, selon BFMTV. Charles Rodwell espère une adoption définitive avant l’été. Un éventuel accord en commission mixte paritaire conditionnerait l’entrée en vigueur du nouveau régime de rétention avant la fin de la session parlementaire. L’issue au Sénat - où la droite dispose d’une majorité - est jugée favorable par les partisans du texte, mais aucune date de promulgation n’a été avancée à ce stade.
Sources
- Le Monde : L'Assemblée nationale approuve la mesure portant à sept mois la rétention des étrangers jugés dangereux
- 20 Minutes : Les députés valident l'allongement de la rétention d'étrangers jugés dangereux
- France 24 : Étrangers en rétention : après des débats tumultueux, les députés passent au vote
- BFMTV : L'Assemblée nationale adopte un nouveau texte allongeant la rétention d'étrangers jugés dangereux
- Assemblée nationale : Proposition de loi n°2180 — Assemblée nationale